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DU BOURGEOIS GENTILHOMME, PAR VOLTAIRE

Le Bourgeois gentilhomme est un des plus heureux sujets de comédie que le ridicule des hommes ait jamais pu fournir. La ranitë, attribut de Tespèce humaine, fait que des princes prennent le titre de rois, que les grands seigneurs Yeulent être princes, et comme dit la Fontaine :

Tout prince « des ambassadeurs, Tout marquis Teut aToir des pages*.

Cette faiblesse est précisément la même que celle d*un bourgeois qui Teut être homme de qualité ; mais la folie du bourgeois est la seule qui soit comique et qui puisse faire rire au théâtre : ce sont les extrêmes disproportions des manières et du langage d'un homme avec les airs et les discours qu'il veut affecter qui font un ridicule plaisant. Cette espèce de ridicule ne se trouve point dans des princes ou dans des hommes élevés à la cour, qui couvrent toutes leurs sottises du même air et du même langage; mais ce

I. C'est peut-être ici le lieu de mentionner aussi la petite pièce intitulée : le Voyage de Chambord ou la veille de la première représen^ tation du Bourgeois gentiifufmme, comédie en un acte, mêlée de Taudevilles, par Desfontaines et Henri Dupiu, représentée, pour la première fois, sur le théâtre du Vaudeville, le 11 juillet 1808.

3. C'est ainsi que ces derniers vers de la fable m du I^r livre, la Grenouille qui se veut faire aussi grosse que le Bœuf^ sont cités, comme d'égale mesure, dans les deux éditions de Voltaire (ij3g, 1764); mais on sait que, dans la Fontaine, le premier a dix svilabes :

Tout petit prince a des ambassadeu

ridicule le montre tout entier dans un bourgeois ëleTë grossièrement et dont le naturel fait à tout moment un contraste arec Tart dont il reut se parer. CVst ce naturel grossier qui fait le plaisant de la comédie, et Toilà pourquoi ce n'est jamais que dans la rie commune qu*on prend les personnages comiques. Le Misanthrope est admirable, U Bourgeois gentilhomme est plaisant.

Les quatre premiers actes de cette pièce peuTent passer pour une comédie; le cinquième est une farce qui est réjouissante, mais trop peu rraisemblable. Molière aurait pu donner moins de prise à la critique, en supposant quelque autre homme que le fils du Grand Turc. Mais il cherchait, par ce divertissement, plutôt à réjouir qu'à faire un ouvrage régulier.

LuUi fît aussi la musique du ballet, et il y joua comme dans Poureeaugmae,

ACTEURS. 41

ACTEURS*

MONSIEUR JOURDAIN, bourgeois >.

MADAME JOURDAIN, sa femme.

I. Sur la distribution des rôles telle qu^on la connaît pour le temps de Molière et pour un temps encore assez roisin du sien, Tojex la Notice^ p. a4 «t suirantes.

3. Les pièces des dirers costumes que Molière portait dans ce rôle sont les premières décrites dans Tinrentaire publie par M. Eud. Soulië (p. 275). On retira d'une manne : « Un habit pour la représentation du Bourgeois gentilhomme^ consistant en tme robe de chambre rayée, doublée de taffetas aurore* et rert, un haut-dechausses de panne* rouge, une camisole de panne bleue ^, un bonnet de nuit et une coiffe ', des chausses et une écharpe de toile peinte à l'indienne*, une reste à la turque T et un turban, un sabre, lies chausses de brocard aussi garnies de rubans Tert et aurore ç, et

* « On appelle couleur d* aurore une espèce de jaune doré. TaJ/etas^ saiin couleur dCaurore. Et on dit par abrégé du salin aurore. » {Dictionnaire de P Académie^ 1694.)

* La panne, d*après le même Dictionnaire, était ane « sorte d'étoffe Telne de sole 00 de fil, mais plus ordinairement de soie.... Quand on dit simplement panne, on entend celle de soie. »

« • Ce doit être une erreur de l*buissier-priseur : dans la n'* scène..., M. Jourdain montre.... son haut-de-cbansaes étroit, de Tclours rouge, et sa camisole de Tclours vert, » {Ifote de M. Soulié,) U j a du reste tel bleu et tel Tcrt qui, ans lumières, se distinguent i peine Tun de Tautre.

* La coiffe, dit M. Soulié d*après Fureiière, est la garniture du bonnet de naît qu'on diange quand elle est sale.

« Cette écbarpe serrait sans doute de ceinture à la robe de chambre, qui était aussi d'indienne, comme cela semble bicu résulter du texte de la scêoe u.

f Dans l*halHUement oriental, la Teste est une sorte de longue tunique qui se met sous la robe ; trois pages portent celle de Cléonte i son entrée en prioce turc (scène ir de Tacte IV). L'Académie en i6<^ la définit : « Sorte de longue robe qui se met par-dessus les autres habits et se porte par les peuples du Levant. »

g 11 semble qn'è ces diausses magnifiques manque l'habit assortissent, le grand habit qui doit être apporté par les tailleurs en corps. Le pourpoint trouré ensuite dans la manne n'éuit que la veste (le gilet) de ce costume.

4a LE BOURGEOIS GENTILHOMME.

LUCILE, nUe de M. Jourdain.

NICOLE, servante.

CLEONTE, amoureux de Lucile.

COVIELLE», valet de Clëonte.

DORANTE, comte, amant de Dorimène.

deux points de Sedan. Le pourpoint de taffetas garai de dentelle d'argent faux. Le ceinturon, des bas de soie rerts, et des guits, arec un chapeau garni de plumes aurore et vert. »

I. Ce nom francise par la prononciation est celui d*une des variétés, de Tun des masques de ce zanni ou valet indispensable à la comédie italienne. On en peut voir des types anciens dans les Petits danseurs de Callot (Baili di Sfessanîa) ou dans les Masques et Bouffons de M. Maurice Sand ; mais ces types s'étaient modifias. Au temps du carnaval de i639, où Salvator Rosa, annoncé dans Rome comme un certain signor Formica, acteur napolitain, divertit la ville sous le masque de Covielloy a le costume du bouffon avait été transformé et probablement par Salvator Rosa lui-même, » dit M. Maurice Sand (tome II, p. a88) ; et voici la description que fait du nouveau personnage lady Morgan, dans ses Mémoires sur la pie et le siècle de Salvator Rosa (traduction française publiée chez Alexis Eymery, i8i4« tome I, p. 196, note i) : a Coviello, Tun des sept masques de la comédie italienne, est la représentation théâtrale du Calabrois. L'esprit de Coviello doit être aussi subtil que l'air de TAbruzze. Adroit, souple, vain, véritable Protée dans son caractère, ses manières, son langage, il conserve toujours l'accent et le costume de son pays. Sa veste de velours noir avec les pantalons de la mOme étoffe, les boutons d'argent et une riche broderie, devaient faire paraître avec avantage une taille élégante, et former un contraste marqué avec le masque à joues cramoisies, au nez et au front noir. » Molière a certainement donné quelque chose de ce caractère à l'inspirateur de Cléonte, à l'ordonnateur de la pièce jouée à M. Jourdain. C'est sur la scène un des précurseurs du grand Scapin des Fourberies, un esprit inventif, fertile en bourles^ et un homme d'exécution plein de ressources, reconnu heureux et infaillible par tous : voyez particulièrement la scène xm de l'acte III, et le compliment flatteur de Dorante, à la scène ▼ de l'acte IV. Peut-être même quelque réminiscence du costume traditionnel indiquait-elle qu'il s'agissait d'un compatriote, un peu plus dépaysé, il est vrai, du subtil Napolitain attaché à M. de Pourceaugnac.

ACTEURS. 43

DORIMÈNE, marquise ^

maItre de musique.

Elàyb du MaIthe de musique.

maItre à danser.

MAItRE D'ARMES.

MAItRE de PHILOSOPHIE.

maItre tailleur.

Gàbcon tailleub.

Deux Laquais.

PLUSIEUBS MUSICIENS, MUSICIENNES, JOUEUB8 d'iNSTBUMENTS,

DANSEUBS, CUISINIEBS, GABÇONS TAILLEUBS,

ET AUTBES PBBSONNAGES DES INTEBMiDES ET DU BALUET.

La scène est à Paris *.

I . Dorimène avait été au théâtre un simple nom d^amoureuse ; il Test par exemple dans les Vendanges de Suresne^ comédie de dn Ryer (i635)*. Il semble qu*en i645 il serrait a désigner de vraies courtisanes : voyez, dans le ballet de P Oracle de la Sibjle de Pan-soust (tome II des Contemporains de Molière de M. V. Foumel), les vers destinés à Trois Dorimènes qui cherchent la bonne fortune chez la Sibjle et la Réponse de C Oracle^ qui suit (XVI« entrée, p. 174). On se rappelle que Molière, dans le Mariage forcé^ a donné ce même nom à la a coquette achevée » qui mène Sganarelle à ses fins. Il a voulu sans doute, en le choisissant pour la marquise que M. Jourdain a faite et déclare dame de ses pensées, attacher tout d^abord au personnage une idée de galanterie et d'aventure.

3. Le théâtre, dit le vieux Mémoire de décorations de la Bibliothèque nationale, « est une chambre. Une ferme*. S faut des sièges, une table pour le festin, et une pour le buffet. Les ustensiles pour la cérémonie. »

Voici quelle est la liste des acteurs dans Tédition de 1734 :

* Réimprimées par Éd. Foumier au tome II de 10a Théâtre français am Xyi* et au XF'IU siècle, p. 76 et auiTantes.

* D*après PAcadémie, « Ferme^ua tbéfttre, te dit de toute décoration montée sur un châssis qui se détache en arant de la toile de fond, telle qn*nn« colonnade.... » Il fallait sans doute ourrir un premier fond d'une large porte, au delà de laquelle s'apercetait nn Testibule on quelque salle d*où pouvaient s*aTancer en eadenee les cuisiniers portant la table du Cestin, et plus tard le cortège tout fermé dn Mophti.

ACTEURS

ACnUBS m LA COMBDIB.

MoKSiBum JouEDAur, bourgeois. Gotielle, ralet de Clëonte.

Madame Joubdadi. U> MaIteb db musique.

LuciLE, fille de M. Jourdain. Us ÉukrE du MaStee de mu- Clboetb, amant de Lucile. sique.

DoEiMÉani, marquise. Uv MaÎTEB ▲ daeseb.

OoEABTB, comte, amant de Do- Ue Maîtee d'aemis.

nmène. Ue MaÎtee db pbilosopbie.

Nicole, serrante de M. Jour- Ue MaItbb taillbue.

dain. Deux Laquais.

▲CTEUES DU ballet.

Dans le premier acte :

Ueb MusiciEmiE. Daeseubs.

Deux Musiciees.

Dans le second acte :

Gabço^is taillbubs, dansants.

Dans le troisième acte:

CuisiEiBBSy dansants.

Dans le quatrième acte :

GÉBÉMOEIE TUBQUE.

Le Mupbti. Dervis, chantants.

TuBcs, assistants du Muphti, Turcs, dansants, chantants.

Dans le cinquième acte :

ballet des eatioes.

Ue doeeeur dr livres, dansant. Uns yieillb Boubgeoisb babil-

Impobtues, dansants. larde.

Troupe db spectatbubs, chan- Espagnols, chantants.

tants. Espagnols, dansants.

Premier Homme du bel air. Une Italienne.

Second Homme du bel air. Un Italien.

Pbemirre Fbbimb du bel air. Deux Scaramouchrs.

Seconde Femme du bel air. Deux Tritelins.

Pebmirb Gascon. Arlequin.

Second Gascon. Deux Poitevins, chantants et

Ue Suisse. dansants.

Un vieux Boubgeois babillard. Poitevins et Poitevines, dansants.

La scène est à Paris, dans la maison de M, Jourdain,

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