ACTE r, SCANE h a
Qoe mon mérite au sien doive céder la place, «40 Et dans quelque ajustement Trouvez-vous qu*elle m*efface ?
CIDIPPB.
Qui, vous, ma sœur? Nullement.
Hier à la chasse, près d^elle,
Je vous regardai longtemps, s 4 S
Et, sans vous donner d*encens,
Vous me parûtes plus belle.
Mais moi, dites, ma sœur, sans me vouloir flatter, Sont-ce des visions que je me mets en tête, Quand je me crois taillée à pouvoir mériter s5o
La gloire de quelque conquête?
AGLAURB.
Vous, ma sœur, vous avez, sans nul déguisement. Tout ce qui peut causer une amoureuse flamme ; Vos moindres actions brillent d*un agrément
Dont je me sens toucher Tâme; a 55
Et je serois votre amant,
Si j'étois autre que femme.
CIDIPPB.
D'où vient donc qu^on la voit remporter sur nous deux, Qu*à ses premiers regards les cœurs rendent les armes. Et que d'aucun tribut de soupirs et de vœux «60
On ne fait honneur à nos charmes ?
IGLÀURB.
Toutes les dames d'une voix Trouvent ses attraits peu de chose, Et du nombre d'amants qu'elle tient sous ses lois,
Ma sœur, j'ai découvert la cause. «Sa»
CIOIPPB.
Pour moi, je la devine, et l'on doit présumer Qu'il faut que là-dessous soit caché du mystère : Ce secret de tout enflammer
a84 PSYCHÉ.
N*e8t point de la nature un effet ordinaire ; L^art de la Thessalie^ entre dans cette affaire, «70
Et quelque main a su sans doute lui former Un charme pour se faire aimer.
AGLAURB.
Sur un plus fort appui ma croyance se fonde. Et le charme qu*elle a pour attirer les cœurs, C^est un air en tout temps désarmé de rigueurs, a 7 5 Des regards caressants que la bouche seconde, Un souris chargé de douceurs Qui tend les bras à tout le monde*, Et ne vous promet que faveurs. Notre gloire n*est plus aujourd'hui conservée, a 80
Et Ton n'est plus au temps de ces nobles fiertés Qui, par un digne essai dHUustres cruautés, Youloient voir d'un amant la constance éprouvée. De tout ce noble orgueil qui nous seyoit si bien, On est bien descendu dans le siècle où nous sommes, a s 5 Et Ton en est réduite à n'espérer plus rien,
I. La magie : Toyex, box Tert 1476- 1478 A^ Amphitryon, tome VI^ p. 440, note I.
a. Tendre les bras â..., pour dire offrir accueil^ attirer^ eat on exemple hardi d*une de cet locotioni tootes £aites qa*on emploie, en gros, poor ainsi dire, dans one acception figorée, sans plos soi%er au sens propre des mots qoi les composent*. Si la hardiesse ici ta jasqu*à l'étrangeté, c'est qa*éTidemment Molière a en desseio de rappeler, dans tout ee couplet d'Aglaure, non pas seulement les sentiments, mais le langage aussi des anciennes Préeieoset : Tojes la note suirante d'Auger (p. a85).
• Comme était donner les mains à,,,, pour contentir (vojei tomea D, p. 98, fin de la note i, et V, p. 549, note a) ; donner la maim à..., poor seconder (ci-dessus, p. l3o); baiser les mains à...^ pour rendre grâce «..., remercier^ refmser (royez plus haut, p. lai, à la scène tx de l'acte lU do Btmr* geois gentilhomme) . On ne peut néanmoins douter que parfois, dans Templot de ces locutions mêmes, l'incohérence des termes rapprochés était cherchée et rendue fort aensible pour produire un effet plaisant, témoin la phrase de Sganarelle relevée tome VI, p. 98, note 5, et ces rers de Bensserade adresaéa, dans le Ballet des Muses, à Mlle de la Vallière (au tome II des Contampa* raims de Molière, p. 594) :
Je baise iei les mains à tos beaux yens
Et M Teox point d'an joog eonuM le TÔtra.