‹ Œuvres de MolièreChapitre 288 sur 541 · ACTE IV, SCÈNE III. 3S · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III. 3S

SitOt qu*dle assemble deux cœurs.

Je puis TOUS expliquer de mon âme ravie Les amoureux empressements.

Et vous jurer qu'à vous seule asservie Elle n'a pour objet de ses ravissements 1440

Que de voir cette ardeur, de même ardeur suivie. Ne concevoir plus d'autre envie Que de rëgler mes vœux sur vos désirs. Et de ce qui vous plaît foire tons mes plaisirs.

Biais d'où vient qu'un triste nuage 1 4 4 5

Semble oflusquer l'éclat de ces beaux yeux ? Vous manque-t-il quelque chose en ces lieux ? Des vœux qu'on vous y rend dédaignes-vous l'hommage ?

psYcmC.

Non, Seigneur.

LAMOUa.

Qu'est-ce donc, et d*oà vient mon malheur ? J'entends moins de soupirs d'amour que de douleur, Je vob de votre teint les roses amorties

Marquer un déplaisir secret;

Vos sœurs à peine sont parties

Que vous soujûres de regret I Ahl Psyché, de deux ccnirs quand l'ardeur est la même,

Out-ils des soupirs différents?

Et quand on aime bien et qu'on voit ce qu'on aime.

Peut-on songer à des parents?

psYcnf.

Ce n'est point là ce qui m'afflige.

l'âmoua.

Est-ce l'absence d'un rival, 1460

Et d'un rival aimé, qui fait qu'on me néglige?

TÏÏTCBÉm

Dans un cœur tout à vous que vous pénétrez mal !

Je vous aime, Seigneur, et mon amour s'irrite

De l'indigne soupçon que vous avec formé :

Vous ne connoissez pas quel est votre mérite, ii6S

Si vous craignez de n'être pas aimé.

Je vous aime, et depuis que j'ai vu la lumière,

Je me suis montrée assez fiàre,

3S6 PSYCHÉ

Pour dédaigner les voeinr de plus d*iin roi ; Et, s'il TOUS faut ouvrir mon âme toute entière, 1470 Je n'ai trouve que vous qui fût digne de moi *. Cependant j'ai quelque tristesse.

Qu'en vain je voudrob vous cacher; Un noir chagrin se mêle à toute ma toidresse.

Dont je ne la puis détacher. 1 4 7 S

Ne m'en demandez point la cause :

Peut-être, la sachant, voudres-vous m'en punir, Et si j'ose aspirer encore à quelque chose, Je suis sûre du moins de ne point l'obtenir.

l'amouk.

Et ne craignez-vous point qu'à mon tour je m'irrite Que vous connoissiez mal quel est votre mérite, Ou feigniez de ne pas savoir Quel est sur moi votre absolu pouvoir?

Ah 1 si vous en doutez, soyez désabusée, Parlez.

PSTGHi.

J'aurai TafiBront de me voir refusée. 1 4 8 5

l'amour.

Prenez en ma faveur de meilleurs sentiments;

L'expérience en est aisée :

Parlez, tout se tient prêt à vos commandements.

Si, pour m'en croire, il vous faut des serments, J'en jure vos beaux yeux, ces maîtres de mon âme, 1490

Ces divins auteurs de ma flamme ; Et si ce n'est assez d'en jurer vos beaux yeux. J'en jure par le Styx, comme jurent les Dieux.

PSYCHÉ

J'ose craindre un peu moins après cette assurance. Seigneur, je vois ici la pompe et l'abondance ; 1 49 5

Je vous adore, et vous m'aimez :

Mon cœur en est ravi, mes sens en sont charmés;

Mais parmi ce bonheur suprême, J'ai le malheur de ne savoir qui j'aime.

Dissipez cet aveuglement, x 5 o o

Et faites-moi connoître un si parfait amant.

I. BfoUère a atusi cette eonstraction : Tojes tome YI, p. 58« note 6.

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