Voyez aux pages 989 et
dans son Épitre vii, avec une admirable ëloquenoe, ponr que Ton ne se fasse pas scrupule de penser et de dire frandiement qu'il a ëtë un jour injuste pour lui dans un moment de mauvaise humeur.
Nous ne savons si ce fut dans l'intention de défier et de taquiner BoUeau que ce sac plus ou moins tabarinique, dont nous avons surabondamment parlé, a, dans une pièce de notre temps ^, reparu sur la scène française et, fortune inattendue, y est devenu tragique. Ainsi ensanglanté, Tabarin aurait-il osé le réclamer ? Quand il l'a ouvert, sur ses tréteaux, à ses personnages de la parade, il ne se doutait pas qu'un Molière et un Victor Hugo s y envelopperaient.
Si Ton a trouvé mauvais que Molière ait fait rire un peu plus fort que ne se l'était permis le comique latin, on ne lui a pas contesté le droit de rajeunir le Phormion par une couleur plus moderne. Pour ne pas s'éloigner, plus qu'il n'était nécessaire, de son modèle, soit dans les incidents de la pièce, soit dans le caractère des personnages, il était naturel qu'il se tournât du côté de l'Italie. C'était toujours là (souvenons-nous de V Étourdi^ du Sieilien) qu'il allait chercher ces femmes que l'on tire, à prix d'argent, des mains de ceux qui les tiennent captives, et ces valets, maîtres en fourberies, postérité, facile à reconnaître, des Dave et des Géta. Par la tradition continuée à travers les âges, comme par la persistance de quelques-uns des caractères de la race, les Italiens conservaient dans leurs comédies bien des souvenirs des comédies latines. Ils ont ainsi rapproché de nous ces peintures antiques, que Molière voulait imiter, sans perdre de vue son temps. Il devait donc être porté à s'in^irer sinon de tel ou tel de leurs ouvrages, du moins de la couleur générale de leur théâtre. Son Mascarille était déjà d'origine italienne ; Scapin en est également, et, cette fois, sans que l'origine soit déguisée par le nom. En effet Scapin est on des zanni; comme Beltrame, il venait de Milan. Nous ne le trouvons dans la troupe italienne de Paris qu'en 17 16, au temps où elle était dirigée par Riccoboni*. Mais il y avait déjà près d'un siècle que Beltrame, dans son Inavpertiio^f imprimé
I. Le Roi s* amuse, — 1. Le Scapin était alors GioTinni Bistoni. 3. Voyei notre tome I*', p. 241-378.
3g6 LES FOURBERIES DE SCàPIN.
en 1629, avait donne le nom de Scappino an penonnage dont Molière a fait Mascarille. Ainsi le Mascarille de VÉttmrdi^ c'est dëjà Scapin. Dans les Fourberies de Seapin^ dont la scène est à Naples, comme ceUe de t Étourdi est à Messine, il j a plus d'un nom encore de la comédie italienne : Zerbinette, Nërine.
Faut-il penser que la pièce de 1671 doive à l'Italie quelque chose de plus que des noms et le lieu de la scène; et qu'à l'imitation de Tërence, restée d'ailleurs prédominante, l'imitation de quelque auteur italien se soit mêlée ? Noos en doutons beaucoup.
M. Louis Moland a fait remarquer* que la fomeuse scène de la Galère' (ce ne serait jamais qu'une scène é[nsodique empruntée à ritalie) se trouvait, au moins en germe, dans un canevas ^sJ de Flaminio Scala *, intitulé il Capitano. On y tire de Pantakm
l'argent dont son fils a besoin, en lui faisant accroire que ce fils a été pris par des bandits, qui, pour lui rendre la liberté, exigent une rançon de cent écus. Il se peut que la ressemblance des deux scènes ait été plus grande qu'elle ne paraît, parce que le canevas doit avoir été, comme le dit M. Moland, développé plaisamment par les Gelosi qui le jouaient. Ce développement toutefois, nous n'en avons pas connaissance ; et s'il n est pas impossible que, sur le théâtre où sa troupe et la troupe itaUenne jouaient alternativement, Molière ait vu représenter le Capitano^ un peu changé par les libres broderies des improvisateurs, qui, dans la scène dont il s'agit, auraient remplacé les brigands de terre ferme par des pirates turcs, ce n'est toutefois qu'une supposition. Il faudrait faire, en même temps, celle-ci, que la scène, ainsi développée, aurait été copiée par Cyrano de Bergerac, dans son Pédant Joué\ où elle se trouve avec quelques-unes de ses meilleures plaisanteries, particulièrement avec le mot si comique qui est dans toutes les mémoires : « Qu'ailait-ii faire dans cette galère? ». Au lieu de