La Métrommnle^ acte III, scène vn
borateur *, et que celui-ci, en les reprenant, a exerce le même droit que les paons de la fable, quand ils arrachent an geai leurs propres plumes, dont il s'est paré. C'est frapper la petit» richesse de Cyrano d'une confiscation que la gloire de Molière ne demande point, et dont il faudrait pouvoir établir mieux la justice.
L'imitation avouée de la comédie de Térence étant principalement ce que s'est proposé Molière dans ses Fàwhariet ée Scapin^ il n'est pas étonnant qu'on ait à y noter peu d'emprunts à d'autres sources, après ceux qu'il a fiiits, de main de maître et de riche, à la farce du Pédcâu joué. En voici néanmoins» quelques-uns, mais que, vu leur peu d'importance, 0 serait plus facilement permis d'omettre que celui de la galère turque. Le plaisant dialogue en vers de LéHe et d'Ergaste, qui ouvre la comédie de Rotrou intitulée la Sœmr^ a été simplement mis en prose dans le dialogue d'Octave et de Silvestre, par lequel débute également notre pièce. On trouve aussi dans la scène 11 de l'acte I de Scapin un passage où Silvestre a dérobé quelques paroles à l'Ergaste de Rotroq*. Molière ne pouvait croire que la Sœur^ pour échapper à l'oubli, eût autant besoin que le Pédant joué de l'honneur qu'il lui a fait; mais le larcin était léger; et d'ailleurs une imitation bien placée lui paraissait toujours légitime.
On a reconnu encore une ressemblance assez marquée entre le début de la scène de la galère, lorsque Scapin feint de ne pas voir Géronte et se désole de ne pouvoir le rencontrer, et une scène de la Emilia de Luigi Groto, où le valet Chrisoforo joue le même jeu avec le vieux Polidoro '. Ce n'est qu'un détail, presque insignifiant; et quand même, avec celui-là, Molière
I. Voyez à la page 116 de la Re9ue de* Provinces^ de janvier i865, déjà citée.
a. La Sœur, acte I, scène it (la dernière de l'acte, marquée m, par faute, dans l'édition originale).
3. La Emilia^ acte I, scène t. — Quelque chose d*à peu près semblable se trouTe dans une comédie de Pierre de Larirey, la Constance, imitée, presque traduite de Titalien de Girolamo Razzi, acte IV, scène n. On peut douter si c*est Luigi Groto que Molière a imité. Ginguené, Histoire littéraire d'Italie, tome VI, p. i88« analyse une scène où il y a le même jeu, dans la Cassaria de rÂriotte (acte IV, scène n).
en devrait quelques autres aux comîqoes italiens, sa pièce ne ferait sérieusement souvenir d'eux que par la substitution, dont nous avons parle, de personnages reproduisant les types de leur théâtre aux personnages de la oomëdie latine.
S'il était aussi certain qu'on l'a dit que Molière, lorsqu'il a écrit Scapin^ ait surtout voulu assurer de belles recettes à sa troupe en attirant le public par une pièce mieux faite pour lui plaire que des chefii-d'œuvre au-dessus de la portée du grand nombre, il faudrait croire que le calcul ne s'est pas trouvé très-juste ni le but suffisamment atteint. Les représentations de Scapin n'ont pas été nombreuses du vivant de l'auteur. Après celle du 214 mai 167 1, qui fut la première, il y en eut troÎB dans le même mois, quatorze dans les deux mois suivants, à savoir douze en juin et deux en juillet, en tout dix-huit.
Voici les dates et les chiffires des recettes, d'après le Registre de la Grange :
* Dimanche 94 [o^i i^/i]» Steillen et Scapin^ i** fois. 54^^ 10*
Hardi a6** Idem et Seapin 44o
Vendredi 19** Seapin $96 10
Dimanche 3 1 mai Se€ipîn ^56
Mardi 1 juin Seapim ^S6 i5
Vendredi 5** Seapin 197 iS
Dimanche 7 Scapin 611 5
Mardi 9** Scapin 44^ i^
Vendredi i s Seapin 4^^ ^
Dimanche 14 Seapin 787 i5
Mardi 16^ Seapin 344 ^
Vendredi 19** Seapin 33o 10
Dimanche a i Seapin 370
Mardi i3 Scapin et Médecins i43 i5
Vendredi 16 juin Seapin i85 10
Dimanche a8"* Seapin 3o5
Vendredi 17** [juillet] Seapin a55 5
Dimanche 19 Seapin a35 5
Après cette dernière date, ies Fourberies de Scapin ne re-
I . En marge : Pièce nouvelle de M, de Molière, — Let deax premières représentations et celle da i3 juin sont les seules pour lesquelles le Megistra fesse oonnaitre l'aotre pièee complétant le spectacle.
4oo LES FOURBERIES DE SCAPIN.
parurent plus sur la scèoe au temps de Molière : non qu'elles eussent cesse de plaire ; mais elles avaient dû laisser la place libre à Psyché y qui fut jouée plus longtemps et fit entrer beaucoup plus d'argent dans la caisse du théâtre. On peut oon^Murer aussi aux représentations, si tôt abandonnées, de Seapin les représentations plus nombreuses du Bourgeois getHilhomme^ qui fut repris plusieurs fois en 1671 et 1672, lorsque Molière laissait dormir l'autre chef-d'œuvre de gaieté : soit qu'il ait en une préférence, facile à expliquer, pour une pièce qui lui appartenait plus entièrement, et offrait, au lieu de types étrangers et vieillis ou de pure convention^ une peinture vivante d'un caractère du temps; soit que les spectateurs fassent particulièrement divertis par le spectacle de la cérémonie turque, ou qu'ils réglassent volontiers leur jugement sur celui de la cour. Celle-ci avait recommandé le Bourgeois gen^ tilhomme par son suffrage, tandis que Seapin ne fut, à notre connaissance, joué devant elle, sous Louis XIY, qu'après la mort de l'auteur, une fois de 1680 à 1700, deux f<MS de 1700 à 1715^. Dans ces mêmes années, la pièce était en foveur à la ville, où elle fut jouée (de 1678 à X7i5) cent quatre-vingt-dix-sept fois*. Elle a toujours eu, depuis^ la même popularité.
Nous avons plus haut cité la Lettre en pers de Robinet, en date du 3o mai 1671, jusqu'à l'endroit seulement où finit le sommaire des espiègleries du rusé valet. La suite mérite d'être transcrite ; elle nous fait connaître la distribution de trois des rôles de la pièce :
.... Cet étrange Scapin-là, Blst Molière en propre personne, Qui, dans une pièce qu*il donne Depuis dimanche seulement, Fait ce rôle admirablement ; Tout ainsi que la Torrillière, Un furieux porte-rapière, Et la grande actrice Beauval,
I. Voyez le tableau des Représentations à la eour^ à la page 5 $7 de notre tome I*'.
a. Ibidem y Représentations à la ville ^ p. $48.
Un autre rôle jovial,
Qui TOUS feroit pâmer de rire.
Au témoignage donc de Robinet, la Thorillièrè représentait Silvestre, dëguisë en matamore, et Mile Beauval, la rieuse Zerbinette. Cëtait le rôle de Scapin qu'avec une verve admirable jouait Molière, qui, par conséquent, ne s'était pas chargé de celui de Géronte, et n'a jamais été enveloppé dans le sac par Scapin, comme le voudrait, non Boileau, mais une correction du célèbre vers de VArt poétique ^^ à tort proposée par ceux qui ont refusé d*en admettre le sens hardiment figuré. Boileau, dans son dédain pour le sac ridicule^ ne s*est pas inquiété du personnage qui y entre ; celui qu'il y a vu disparaître, ce n'est point le comédien Molière, c'est V auteur du Misanthrope, tombant là des hauteurs de son génie.
Nous ne connaissons pas sur les rôles de la pièce d'autre renseignement certain que celui dont Robinet est le garant. Aimé- Martin a cru devoir compléter la liste des acteurs. Il a donné le rôle d'Hyacinthe à Mlle Molière, qui aurait pu, ce nous semble, y trouver pour elle trop peu de développement; le rôle de Nérine à Mlle de Brie, qui, plus vraisemblablement, s'était chargée, comme elle le fit plus tard, de celui d'Hyacinthe; à Hubert le rôle d'Ar gante ^ à du Croisy celui de Géronte ; à la Grange celui de Léandre, qui était bien dans son emploi. Voici la distribution, moins intéressante par sa date, mais moins conjecturale, du Répertoire des comédies françoises qui se peuvent jouer [à la cour] en i685 :
DAMOISKLLBS.
Zbebi9ETtb Dupin,
Hyacihthe de Brie,
Nbbihb ia Grange,
HOatMBS.
Abcâittb , , , la Grange,
GÉaosTi du Croisy,
OcTATB Dau¥iiliers,
LiANoaB Hubert,
I. Chant 111, TersSgg. Le changement deiemveloppa/tn Pênpeloppe nVst que dans des éditions relativement récentes. Brossette, sans le recevoir dans ton texte, semblait le conseiller.
MouàiB. vm 16
4oa LES FOURBERIES DE SCAPIN.
Sg4Piv MasimoHt,
SiLTBST&E Guerim.
Caalb Brécourt,
La veuye de Molière, la damoiselle Goërin, n'est pas nommée : ce qui pourrait confirmer les doutes sur ce qui U concerne dans la distribution qu'on trouve chez Aimë-Martin.
Le Mercure de France de mai 1736*, à l'occanon d'une reprise de notre comédie^, qui n'avait pas ëtë représentée depuis neuf ans ', a voulu rappeler par queh comédiens, dignes d'un souvenir, avait été précédemment joué le rAle de Scapin ; il en est un dont il parle inexactement : « Molière, ditnl, avoît fait ce rôle pour Brécourt, excellent comédien de sa troupe, auquel Raisin succéda ; et nous avons vu jouer ce caractiâre, pendant longtemps, avec toutes les grâces, la légèreté et la finesse possibles au sieur de la Thorillière, dernier mort, » Celui qui créa ce rôle, ce fut, nous l'avons vu, Molière luimême ; et jamais il n'avait pu songer à le confier à Brécourt, qui avait quitté sa troupe à Pâques, 1664, pour entrer dans celle de l'Hôtel de Bourgogne. Si ce transfuge a fait plus tard le personnage de Scapin, ce ne saurait être qu'à partir de l'année 1682, au commencement de laquelle il fut admis dans la troupe du Roi, formée, en 1680, par la réunion des comédiens de l'Hôtel Guénegaud à ceux de l'Hôtel de Bourgogne. Un règlement fait par le duc d*Aumont, le la juin 1682, décida que «c les rôles des pièces de Molière, grandes et petites, où Rosimont joue le personnage que jouoit feu Molière, seront triples entre lui, Raisin et Brécourt, comme ils étoient doubles entre Rosimont et Raisin^. » Si l'on tenait à s'expliquer l'erreur que nous signalons dans le Mercure^ on pourrait supposer que Brécourt avait laissé plus de souvenirs dans ce rôle que Rosimont et que Raisin, ses chefs d'emploi. Quoi qu'il en soit, nous avons vu que, pour les représentations qui devaient être données à la cour en 168 5*, Rosimont était désigné pour ce