ACTE I, SCÈNE II. 4i
OCTAVE
Quelque temps après, Léandre fit rencontre d'une jeune Égyptienne^ dont il devint amoureux.
SCAPIIf.
Je sais cela encore.
OCTÂVB.
jComme nous sommes grands anu^, il me fit aussitôt confidence de son amour, et me mena voir cette fiUe^ que je trouvai belle à la vérité, mais non pas tant qu'il vouloit que je la trouvasse. Il ne m^entretenoit que d'elle chaque jour; m'exagcroit à tous moments sa beauté et sa grâce ; me louoit son esprit, et me parloit avec transport des charmes de son entretien, dont il me rapportoit jusqu'aux moindres paroles, qu'il s'efforçoit toujours de me faire trouver les plus spirituelles du monde. Il me querelloit quelquefois de n'être pas assez sensible aux choses qu'il me venoit dire, et me blàmoit sans cesse de l'indifférence où j'étois pour les feux de l'amour.
SCÂPIN.
Je ne vois pas encore où ceci veut aller.
OCTAVE
Un jour que je l'accompagnoi^ pour aller chez les gens qui gardent l'objet de ses Yffi^x^ nous entendîmes, dans une petite maison d'une rue écartée, quelques plaintes mêlées de beaucoup de sanglots. Nous demandons ce que c'est. Une femme nous dit, en soupirant, que nous pouvions voir là quelque chose de pitoyable
I. Comme on en a été «Terti par le programme da Mariage forci (coin> pares, 'ome IV, p. 76 et 78) et comme cela a été rappelé dana le tome VI, p. 143, note 3, Molière appelle Éf^ptiens les Gipaiai, les Tsiganes, les bohémiens Tagabonds et diseurs de bonne aventure. • La Destinée, dit Zerbinette (acte Ht, scène in, p. 5oo), a ToulnqnejemetronTasse parmi une bande de ces personnes qu'on appelle Égyptiens, et qni, rôdant de proTinee en proTince, se méleat de ^re la bonne fiutmM, et qnelq— fbia de htaneonp d*antrM eboaet. »
en des personnes étrangères, et qu'à moins que d*être insensibles, nous en serions touchés.
SGAPIN.
Où est-ce que cela nous mène ?
OCTÀVB.
La curiosité me fit presser Léandre de voir ce que c*étoit. Nous entrons dans une salle, ob nous voyons une vieille femme mourante, assistée d*une servante qui faisoit des regrets^, et d'une jeune fille toute fondante' en larmes, la plus belle et la plus touchante qu'on puisse jamais voir. H
SCÂPIN.
Ah, ah!
OCTAVE
Un autre ^ auroit paru efiroyable en l'état oh elle étoit ; car elle n'avoit pour habillement qu'une méchante petite jupe avec des brjissiçres de nuit qui étoient de simple futaine ; et sa coiffure étoit une cornette jaune, retroussée au haut de sa tète, qui laissoit tomber en désordre ses cheveux sur ses épaules; et cependant, faite comme cela, elle brilloit de mille attraits, et ce n'étoit qu'agréments et que charmes que toute sa personne.
SCAPIIf.
Je sens venir les choses.
X. La serTante, touchée de compassion, ne va pas cependant jiuqa'aui plaintes, aux lamentations, aux larmes, Génin a réuni, dans son Lexiçue (p. 175 et 176), avec cette locution quelques autres analogues : ybire i/m cris (Amphitrjon^ vers 366], faire plainte [ibidem, rers ^^S)j faire des dis^ cours (ibidem^ Ters 881 et vers 1045 de V Étourdi). Rapprochem aussi, comme emploi de faire., ci-après, p. 5o6^fuire une vengeance.
a. Archaïsme d'accord du participe présent, quoique suivi d*aa régime. On peut comparer à ce féminin, avec semblable élision, le vert |3S9 de V Andromaque de Racine :
Pleurante après son char vous voulez qu*on me voie,
en remarquant seulement que, le régime dépendant plut6t de voie qae de pleurante^ ce mot est là plus adjectif verbal que participe présent.
3. Une antre. (1674, 8a, 1734.) Voyex ci-dessus, la note 1 de la paga ayS.