‹ Œuvres de MolièreChapitre 4 sur 541 · Pages 980 et · texte numérisé non relu

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cinq mois de séjour de celui-ci, le Registre ne signale sa présence qm'au spectacle du a5 mai, composé du Grondeur et de la Foire Saint- Laurent, On n'y trouve le Bourgeois gentil^ homme joué en ce temps-là qu'à la représentation gratis donnée le vendredi 8 août 1721, pour célébrer le rétablissement de la santé de Louis XV, et dans laquelle M. Jourdain (c'était le comédien Poisson) but à cette royale santé. Mehemet Eflendi avait eu son audience de congé le i a juillet ; mais comme il était ensuite resté un mois encore à Paris * , supposerons-nous qu'il avait pu assister au spectacle du 8 août? Sa place n'était pas à cette fête populaire ; et si, contre toute vraisemblance, il s'y était trouvé, le Registre l'aurait dit, aussi bien que le Mercure^ qui n'a pas été avare de détails sur cette représentation'. Au reste, en 1721 comme en 174a, il paraîtrait étrange qu'on eût eu la maladresse de proposer à un ambassadeur turc le divertissement d'une comédie où sa nation faisait si grotesque figure. La conclusion paraît être que Voltaire nous a fait ou s'était laissé faire un conte. Si l'on voulait, malgré tout, que son anecdote ne fût pas absolument dénuée de vérité^ on pourrait, à la rigueur, supposer que Sald Effendi, ayant simplement lu la pièce, avait exprimé son mécontentement, fondé sur les raisons qu'on en rapporte.

Les ambassadeurs du Grand Seigneur nous ont mené un peu loin. Revenons aux premiers temps du Bourgeois gentiUionrune.

Avant de paraître à la ville, il fut encore joué à Saint- Germain, devant le Roi. Robinet, dans sa Lettre en vers à Monsieur àw i5 novembre 1670, dit que la cour vient de se bien divertir à Versailles et à Saint-Germain, que les grands acteurs de l'Hôtel ont fait merveille à Versailles,

Et que ceux du Palais-Royal, Chez qui Molière est sans égal, Ont fait à Saint-Germain de mêmes, Au gré des Porte-diadèmes,

I. Mémoires de SaUit-Simony même tome XVII, p. 24^ ^t 949* — La Gazette du 6 septembre 1711 (p. 448) dit que Mehemet EfTendi, qui venait de quitter Paris, était arrivé à Lyon le 10 août.

a. Mercure d*août (1711), p. loa-106.

MoLiiuB. VIII a

i8 LE BOURGEOIS GENTILHOMME.

Dans le régale de Chambor, Qui plut alors beaucoup encor, £t qu*ici nous aurons en somme, SaToir le Bourgeois gentilhomme.

Le Registre de la Grange se contente de dire : « Le samedi 8* novembre, la Troupe est allëe à Saint-Germain par ordre du Roi. Le retour a été le dimanche i6 dudit mois. » Noos regrettons qu'il n'ait pas fait mention de notre comédie ; il nous aurait dijt combien de fois elle fut jouée durant le séjour d'une semaine à Saint-Germain. La-dessus le témoignage de d'Arvieux ne peut entièrement suppléer celui de la Grange : <c Le ballet et la comédie, dit-il (p. a53 et ;à54), furent représentés avec un si grand succès que, quoiqu'on les répétât plusieurs fois de suite, tout le monde le redemandoit encore; aussi ne pouvoit-on rien ajouter à l'habileté des acteurs. » Il est naturel de supposer qu'en parlant ainsi il ne songeait pas seulement aux quatre représentations données, en octobre, à Ghambord ; cependant il ne mentionne pas expressément celles de Saint-Germain. Mais bien qu'aucun renseignement précis ne nous dise si la comédie et ses divertissements furent plusieurs fois répétés à Saint-Germain, il y a tout lieu de le présumer^ la magnificence de ces représentations à la cour ayant coûté assez cher pour que l'on tint à les faire admirer le plus souvent qu'il se pût. Les Archives nationales^ ont un Estât de la dc-^ pence faite pour la comédte-balet intitulée le Bourgeois gentilhomme, dancé à Chambord au mois d* octobre dernier (1670), et pour la répétition faite à Saint-Germain au mois de novembre ensuivant^ auquel estât est joinct la dépende de quelques CO" médies représentées à Versailles pendant ledit mois de no^ çembre 1670. Le total des frais s'élève à 49 4^4 livres, 18 sols, somme énorme pour le temps. Dans ce chifire, il est vrai, sont compris les frais de pièces jouées à Versailles par les

I. Maison du Boi^ Menus ^ pièces justificatiTes de 1619 a 1700, O i4o83. Ce curieux document, signé le duc d'Aumont {téwier 1671], a été recueilli, en i864i par £ud. Soulié. M. Jules Claretie Ta piû)lié, diaprés la copie de M. Soulié, dans le journal le Temps (3i août 1880). M. Moland Pa aussi inséré à la suite de Molière et la comédie italienne (a* édition, 1867), p. 363 et suivantes.

comédiens de THôtel. Mais en examinant les détails donnés par Vestat^ on voit que la plus grande partie de la dépense s'applique aux représentations du Sournois gentilhomme.

Lorsque Robinet se promettait, le 1 5 novembre, de voir bientôt cette pièce à Paris, il était bien informé. Dans une autre Lettre en vers à Monsieur ^ datée du aa novembre, il en annonçait, pour le mardi suivant a5, la première représentation sur le théâtre du Palais-Royal. Il donnait, en même temps, la nouvelle que ce théâtre se préparait à donner la Bérénice de Corneille, ajoutant que les deux pièces seraient jouées alternativement. Il parlait ainsi de celle de Molière :

Mardi, Ton y donne au public, De bout en bout et rie à rie*, Son charmant Bourgeois gentilhomme^ C'est-à-dire presque tout comme A Chambor et dans Saint-Germain L*a vu notre grand SouTerain, Mêmes arecques des entrées De ballet des mieux préparées, D'harmonieux et grands concerts Et tous les ornements dirers Qui firent de ce gai régale La petite oie à la royale.

Ainsi, pour contenter la ville, il fallut, malgré la dépense, donner le Bourgeois gentilhomme royalement, sans retrancher la musique, ni les intermèdes : c'est une preuve que celle petite oie ne passait pas alors pour avoir défiguré l'ouvrage de Molière. La curiosité des spectateurs de la ville fut satisfaite deux jours plus tôt que Robinet ne l'avait espéré. La représentation eut lieu le a3 novembre, comme en fait foi le Registre :

PliCB HOUTKLLB DB M. Dl MOLI^EX.

Dimanche i3* [noTembre].

BOORGBOIS GENTILHOMME, pour la première fois. 1397* Mnài iS^ Bourgeois gentilhomme ia6o 10*

Le chiffre des recettes de ces deux premières représentations en atteste le succès. Il fallut cependant céder la place à

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