Turcaret^ acte IV, scène
•oleooe de la roinre opulente et mal élevée, ches ces enriohif qui font la cour aux comtesses et aux baronnes; même brutalité de rustres dans lears scènes de jalousie. Tous deux fonl tapage, tempêtent, jurent, quand, chez leur Danaé titrée, ils ne croient pas trouver assez de fidélité, ni eoî avoir pour leur argent. Le Sage avait reconnu dans la rapide indication de la figure de M« Harpin l'idée d'une grande comédie. Pour mon* trer qu'elle 7 était^ il lui a suffi d'élargir le cadre et de fidre passer le personnage du financier du second plan sur le premier. La pièce de Turcaret cependant n'est sans doute pas tout ce qu'elle aurait été si Mc^re lui-même avait développé le germe qu'en se jouant il avait laissé tomber. Mais aurait-il pu le développer tout à fait dans le même sens que Fa fait le Sage? Remarquons- que les temps n'étaient pas les mêmes : l'auteur de la ConUesse d'Escarbagnas eût-il eu le loisir d'achever son œuvre, il n^ avait pas alors les mêmes raisons qu'il y eut un quart de siècle plus tard pour changer une légère raillerie en violente satire.
Quelles que soient les différences des deux pièces, celle de le Sage n'en est pas moins un bel hommage rendu au maitre par un de ses meilleurs disciples. Turcaret et ia Comtesse d^E^ earbagnaSjOMtct les incontestables ressemblances entre le portrait du Traitant et du Receveur des tailles, ont encore celle-ci, que, suivant la juste remarque qui a été faite*, ce ne sont pas des comédies de caractère, ma^ des comédies de mœurs. Il est difficile de trouver un genre de comédie dont Molière n'ait pas laissé le modèle à ceux de ses succ^seurs qui peuvent paraître les plus novateurs.
Devons-nous compter Voltaire parmi les auteurs comiques, nombreux sans nul doute*, qui sont redevables à la Comtesse
I. Jlain René le Sage^ par M. F. Bnmetière, dans la Revue des Deux Mondes du i5 mai i8B3, p. 894.
s. S'il faut parler des étrangers, le Moliénste^ du i** août 1881, p. 141 1 en cite un, Miller, qui, « dans sa comédie TheMan oftaste^ jouée en 1785, a emprunté à la Comtesse «t Esearbagnas la troisième et la sixième scène. » Précédemment, le MolUriste {i^ aoât 1880, p. 146 et 147) arait dit: « Tke Mon of taste.,,, est, en partie, une imitation des Précieuses ridieules et de F École des mmris, avec deux caractères pris des Fmmmes su^aatêSp et qudquet petits
d^Bsearbagnas ? Le Sage s'en ëtait inq»irë, beaucoup moins pour y faire des emprunts de détail, que pour tirer d'un de ses rôles, secondaire en apparence, mais plus original que tous les autres, le sujet même d'une de nos plus célèbres comëdies. Voltaire, dans son Enfant prodigue^ joue en 1736, a puisé à la même source plutôt quelques souvenirs qu'une large inspiration, et n'a pris qu'à la surface du petit tableau de Molière les quelques traits qu'il lui a fournis. U est évident que sa pièce, où ce qui manque n'est pas l'esprit, mais, comme dans toutes ses prétendues comédies, le véritable esprit comique, n'a fait venir d'Angoulème la baronne de Croupîllac que pour la rattacher à la famille de notre Comtesse; cependant, si elle est aussi ridicule, elle Test d'une tout autre faqon. Pour qu'elle ressemble à la figure,^ bien tracée, d'une extravagante provinciale, il ne su£Bt pas qu'elle fasse avec Lise les mêmes cérémonies pour s'asseoir que Mme d'Escarbagnas avec Julie ^ : « Ah! Madame. — Eh! Madame*. » La ^ «c face de palais » du président Fierenfat a été dessinée, mais non sans exagération de caricature, d'après la silhouette, bien plus fine, du Conseiller Tibaudier. Voltaire, nous ne saurions le regretter, a laissé à Molière son financier, le personnage cependant le plus tentant à imiter de tous ceux de notre comédie. On a peine à s'expliquer que ce rôle de M. Harpin, le plus fortement comique de tous ceux de la petite pièce, ait été assez méconnu par des comédiens j>our être supprimé dans quelques représentations de In Comtesse d'Escarbagnas, Le fait est attesté par Cailhava*, au temps duquel on avait imaginé cet absurde retranchement. Auger signale^ une autre faute des acteurs : faute moins impardonnable, sur laquelle pourtant il a bien fait d'appeler leur attention. Lé reproche qu'ils lui
de U Comtesse tTEscarbagnas, s L'auteur de tBommê de goùt^ James Miller, a donné, arec la collaboration de Henrj Baker, une traduction du théâtre de Molière.
a. V Enfant prodigue^ acte II, scène m.
3. Études sur MoUère, p. Su, et de VJrt de la Comédie^ tome II, p. 369, à la note.
4* Muyres de Molière, tome IX, p. 60 et 6r.
paraissaient minter éuàt celui d'outrer, par des charges bouffonnes, tous les caractères de la pièce. Il explique, exoise même un peu, ce parti pris d'exagération par la nécessite où Ton croyait être, de donner, par une plus grande gaietë, du relief à une peinture de mœurs, dont la ressemblance, parfaite à son heure, a cessé d'être aussi reconnaissable. Mais cela ne pourrait-il se dire de tous les tableaux de Molière, qui, restes, dans leurs traits principaux, vrais d'une vérité immortelle, ont cependant la couleur de leur époque ? Est-ce une raison pour pn^tendre les raviver en les dénaturant? et est-il vraiment à craindre qu'on ne les trouve aujourd'hui trop pâles, si la finesse en est sagement conservée ? Il est d'autant plus inutile de forcer les intentions de Molière quand on joue la Comtesse d ^EscarbagiHU^ qu'il est loin d'y avoir négligé le grossissement nécessaire à l'optique du théâtre.
Il était si habitué à répandre, avec une sorte d'insouciance, les étincelles de son esprit sur ses moindres œuvres, qu'en écrivant la Comtesse tVEscarbagnas^ il a pu la juger trop modestement, et la croire aussi éphémère que la fête royale po'^r laquelle il l'improvisait ; mais elle a eu la vie durable. Elle fut jouée à la ville deux cent cinquante-quatre fois sous Louis XIV, deux cent soixante et onze fois sous Louis XV. On en compte trente-six représentations de 1774 à 17B9, dix-neuf au temps de la Révolution ^. De nos jours les reprises en ont été rares, par la seule raison peut-être qu'elle se passe difiBcilement de l'adjonction d'un spectacle dispendieux, sans lequel elle est trop visiblement réduite à l'état de fragment. De i83o à 1848, on ne Ta donnée qu'une fois, le 17 janvier i836, avec une comédie de Scribe, Bertrand et Raton^ que Ton n'intercala certainement pas alors, comme divertissement, dans une pièce du dix-septième siècle. Comme, à cette date de i836, on se contenta de cette unique représentation, il faut qu'elle ait eu peu de succès. On dit même que, ce jour-là, Molière fut sifflé', ce qui aurait été beaucoup moins fâcheux pour lui que pour les spec-
I. Voyez le Tahleau des représentations Je Molière, aux pages $48 et 549 de notre tome l*^.
a. De la Comédie française depuis i83o, par M* Eugène Laugier, p. 73.
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tateurs, eussent-ils même pris prétexte de l'erreur de goût d'un licencieux passage.
En 1864, la Comédie-Française fit reparaître notre pièce dans une représentation plus attrayante que celle de i836, et qui la replaçait dans le vrai jour où elle avait été faite pour se montrer. On y inséra, à la place marquée pour le spectacle donné chez la Comtesse, des fragments de Mélicerte ^. Les scènes de cette Comédie pastorale étaient bien choisies pour nous transporter, autant qu'il se pouvait, dans le temps où ta Comtesse d* Escarbagnas avait été jouée à Saint-Germain avec ses agréments. Il était intéressant de rendre ensemble à la scène deux ouvrages un peu oubliés, où Molière, bien que son talent d'auteur comique et de poète n'y fût pas assez Ubre, n'avait pu s'empêcher d'en laisser percer des traits, ici dans des peintures de caractères pleines de vérité, là dans beaucoup de vers très-agréables. Ce curieux spectacle eut trois représentatlonSy le 27 et le 29 juin et le 3 juillet.
La Comtesse d'Escarbagnas fut imprimée pour la première fois dans le second volume des Œuvres posthumes^ qui forme le tome VIII de l'édition de 1682. Une liste des rôles de la comédie avait déjà paru dans le Ballet des ballets de 1671. Voyez l'avertissement qui est en tète de V Appendice^ ci-après, p. 600.
Nous ne trouvons mentionnées de cette comédie qu'une version séparée, en suédois, de 1788; une en hongrois, de 1881.