JULIE, LE VICOMTE
LE VICOMTE
Hé quoi? Madame, vous êtes déjà ici?
JULIE
Oui, vous en devriez rougir, Cléante', et il n'est guère honnête à un amant de venii* le dernier au rendez-vous.
LE VICOMTE
Je serois ici il y a une heure, s*il n y avoit point de
I. Daiu r^îtioB d« i68a, première de cette pièce et faite tant doute d*a« prèt oa maaiifcrit de Molière, et de même dans le* impreaiioni de 1697, 17 10, 18, dans les èditiona étrangères de 1684 À, 1694 B, et eacore daftt ime partie da tirage de 1734 •, cet mots : ACTE PREMIER, précèdent ceux de êcànm VKuaàtJt^ bien que la petite comédie soit en un aral acte. Cest que la Comtesse tTEscorhagnas formait le premier (peut*-étre le premier et le septième) des sept actes dont, è la cour, se composa le trèsgrand Bmlitt dst ballet* t voyes ci-après VApfendiet^ p. 600-601 ; ci-dessus la Ifciicëf p. 533 et 534 ; et ci-après, p. 590, note 2.
a. Rougir de honte, Cléante. (1734.)
• Dans rédition de 1734, la Comtesse d*Escarbagnas est placée è la suite des Femuoês êammtee.
55a LA COMTESSE D'ESCARBAGNAS.
fâcheux au monde, et j*ai été arrêté, en chemin, par un vieux importun de quah'té, qui m*a demandé tout exprès des nouvelles de la cour, pour trouver moyen de m'en dire des plus extravagantes qu'on puisse débiter^; et c'est là, comme vous savez, le fléau des petites villes, que ces grands nouvellistes qui cherchent partout où répandre les contes qu'ils ramassent. Celuici m'a montré d'abord deux feuilles de papier, pleines jusques aux bords d'un grand fatras de balivernes, qui viennent, m'a-t-il dit, de l'endroit le plus sûr du monde. Ensuite, comme d'une chose fort curieuse, il m'a fait, avec grand mystère, une fatigante lecture de toutes les sottises de la Gazette de Hollande ', et de là
I. Comme le remarque Auger, ce trait rappelle et rétame ea quelque sorte le joli et rif début d*an portrait de Théophraite ; la Bruyère, dix- •ept ans plut tard. Ta ainsi traduit (tome 1, p. 5o) parmi Ut Caractères de Théopkraste^ au paragraphe intitulé du Débit des nouveiies : • Un nourelliste..., lorsquUl rencontre Tun de ses amis, compose son yisage, et lui souriant : « D'où renés* tous ainsi? » lui dit-il; « que nous dires-TOus de • bon? n*y a-t-il rien de nouveau?... Quoi donc? n*y a-t-il aucune nou- « Telle? cependant il y a des choses étonnantes il raconter. » Et sans lui donner le loisir de lui répondre : « Que dites-rous donc? » poursuit-tl; « n*a- « Te£-vuus rien entendu par la YÎlle? Je rois bien que tous ne saTCx rien, « et que je vais tous régaler de grandes nouveautés. ■
a. La guerre de Hollande, commencée de fait par nos alliés, par la flotte anglaise, le a3 mars 167a, officiellement déclarée par Louis XIV le 6 avril, était à la date du a décembre 1671, où se récita ce passage, depuis longtemps résolue dans les conseils du Roi; les préparatifs de toute es|>èce, les rassemblements et premiers mouvements des troupes étaient commencés, connus de toute TEurope, et le journal étranger publiait une bonne partie de ce quUl en pouvait apprendre. On Toit, par la correspondance de Mme de Sérigné «, que ce qu*on appelait communément la Gazette de Hollande était la Gazette d* Amsterdam ; eWe était beaucoup lue, et du Roi luimême. Le recueil parait en être devenu des plus rares. Nous STons parcouru, dans un des volumes conservés 2i la Bibliothèque nationale, un certain nombre de numéros Toisins de la date de notre comédie *, afin de pouvoir donner quelque idée des renseignements qu'ils répandaient et qui étaient le plus
' Particulièrement tomes III, p. a 18 ; IV, p. 3aa et 3a3, 5 11; V, p. 93.
* Les numéros hebdomadaires (du jeudi) publiés entre le 5 noTcmbre et le 3 décembre, qui peut-être auraient eu pour nous le plus d'intérêt et qu'on peut supposer avoir été saisis et supprimés, manquent au Tolume.