SCENE I
8*e8t jetëy à corps perdu, dans le raisonnement du Mi-
propres è alimenter les entretiens et discossione des noavellistes. Aa lO tep* tembre 167 1, on lit an article fort aigre et méprisant eontM Robinet, qni avait attaqoé la Gasêtte le 99 août précédent. An 94 septembre, il est qnestion des armements du Roi, des cent trente mille hommes dont il dis* posera au printemps, « tant des troupes qa*il a déjli sur pied que de eellcs qa*il fait lever dans les pa js étrangers. » Au 99 octobre, « On parle d*ane ligne étroite qui se n^ocie.... entre TEmpereur, la Suède et plnsicnn princes de TEmpire.... V Empereur fera tout son possible pour faire rétablir le doc de Lorraine dans ses États. » Au 99 octobre, on lit : « Comme nos voisins arment puissamment, cet État {des ProvincêS'UHies) est dans le dessein d*en faire de même et de lever, pour le printemps prochain, six mille chevaux et vingt mille fantassins. » An 3 décembre, « On écrit de Wesel et antres places.... qu*il 7 arrive tous les jours des troupes que nos souverains (les états) j font marcher ; et de Francfort, qu^il 7 a plusieurs princes d'Allemagne, et entre autres Son Altesse Électorale de Bavière, qui prennent ombrage de Talliance que S. A. É. lionsieur le Prince Palatin a fiiite avec la couronne de France par le mariage de la princesse sa fille avec M. le duc d'Orléans *. > Au 10 décembre, après le récit de Tarrestation de Lauxnn, et la mention du grand ballet offert è Bfadame, è Saint-Ger* main, « On dit que le Roi veut mettre trois corps d'armée en campagne au printemps prochain.... S. M. a déjli tenu des conseils extraordinaires pour pourvoir aux étapes et è leur entretien. > Nous n*avons rencontré li aucune des injures adressées au Roi que mentionnent la plupart des commentateurs; Molière ne parlait, on le voit, que de sottises, ou, suivant la variante relevée ei-après (p. 554, note 9), de méchantes plaisanteries. « Le ton général de ces feuilles..., dit M. Hatin, qm a fait de tontes ces publications périodiques de Hollande une étude très-attentive*, est calme, monotone. Ce sont de simples chroniques, qui s'adressent moins li la passion du public qu'à sa curiosité. Les faits 7 sont simplement enregistrés, sans presque jamais de réflexions ; mais on comprend qu'ils pouvaient, dans leur vérité même, 7 être présentés d'une façon qui ne plût pas toujours en France. Je ne prétends pas dire d'ailleurs que la vérité 7 fût toujours reqiectée. » Il est bien certain qu'on affecta alors de se plaindre du journaliste étranger. Le marquis de la Fare le dit •, et Voltaire le confirme en ces termes * : « Les ministres du Roi alléguaient, pour toute raison, que le Gaxetier de Hollande avait été trop insolent, et qu'on disait que van Beuning avait fait frapper une médaille injurieuse à Louis XIV. > On confondait sana doute aussi parfois sous ce nom devenu générique, ce semble, du Gazetier de Hollande^ toutes sortes de publicistes ou pamphlé-
* yojex la fin du chapitre xiv du SièeU de Losùm X//^, tome XIX des Œuvres de Voltaire, p. 458.
* Vo7es son intéressant ouvrage intitulé tes Galettes de ffollumde et U prêeee eUutdettim» mmx dix-eeptiètne et dù>kmitiime sièdee (l865] : l'endroit cité est p. 79.
* Dans ses Mimoiree (Collection M iehaud, 3* série, tome VIII), p. l5S.
' An chapitra z dn SièeU de Lemie XIF^ toiM XUd«Off«ff«#, p. 315.
nistère S d*oii j'ai cru qu il ne sortiroit point*. A Ten-
uirei : il ii*en manquait point dans les sept ProTineet. Le marquis de Sonrehes, après aroir mentionné, en mars i685 *, le bruit que « le fameux Gas«tier de Hollande > avait htè surpris dans le Rojanme et mis è la Bastille, ajoute, dans une note rectificative, que « ce n*étoit pas le grand gaaetier qui avoit fait toutes les gazettes pendant la guerre, mais un moine renié qui, s*étant sauvé de France, s^étoit mis è écrire certaines petites gaxettes que Ton appeloit des lardons^ lesquelles étoient assez plaisantes, mais remplies de beaucoup d* insolences *. » — On a vu è la Notice^ p. 53a, note 5, jusqu*à quel point cette tirade avait excité Tattention de l'agent brandebourgeois Beck, soit qu*il Tedt lui-même entendue è Saint-Germain, soit qu*elle lui eût seulement été rapportée avec plus ou moins d*exagération.
X. Dans une suite de raisonnements sur le ministère, sur les desseins ou les actes du ministère.
a. Dans l'édition cartonnée de 1682 (voyez notre tome Y, p. 70), que nos autres textes ont suivie, tandis que nous donnons, selon notre coutume, la leçon de Timpression non cartonnée, ce passage est ainsi modifié :
« .... une Cstigante lecture de toutes les méchantes plaisanteries de la Gazette de Hollande, dont il épouse les intérêts. Il tient que la France est battue en ruine par la plume de cet écrivain, et qu*il ne £iut que ce bel esprit pour défaire toutes nos trou|)es; et de là s*est jeté à corps perdu dans le raisonnement du Ministère, dont il remarque tous les dé&uts, et d*ott j'ai cru qu'il ne sortiroit point. »
11 se pourrait bien qu'ici le carton nous donnât, contre Tordinaire, la première rédaction de Tauteur. On ne peut douter qu^au moment où allait être engagée la guerre de Hollande, l'idée n'en ait trouvé des censeurs convaincus, révoltés par Tinjusticc, ou prévoyant les difficultés ; Molière s'assura probablement qu'il ne déplairait point en les raillant sur le théâtre de Saint-Germain; mais lul-méme, s'il projeta l'impression de sa pièce, ou ses amis qui la préparèrent, purent bien craindre de constater, avec cette publicité s'étendant jusqu^au dehors, Texistence d*une opposition aux desseins du Roi : de là sans doute les coupures relevées sur l'exemplaire de premier état. En i68a cependant, quatre ans après la glorieuse paix de Nimègue, il n*y avait plus, ce semble, qu'à laisser honnir ceux qui avaient été tentés de prendre le mot du chroniqueur d'Amsterdam, et il serait trèsnaturel que ces passages supprimés d^abord eussent été rétablis par un carton approuvé du lecteur officiel. Si à la cour, en décembre 1671, on avait pu rire de ces prédictions de France battue en ruine et de toutes nos troupes
^ Tome I, p. 193, des Mémoires du marquis de Sourches sous U règne de Louis XIF^ publiés par le comte de Cosnae (Hachette, i88a).
* Il s^agissait sans doute de ce malheureux Chauvieny, dit la Bretonnière, que Foucault, en 1698, tira d*une cage de bois où il avait été enfermé au Mont Saint-Michel, et qui mourut dans Tabbaye après vingt ans de détention : voyez les Mirnuùres de Nicolas-Joseph Foucault, publiés et annotés par M. F. Baudry dans la Collection de documents inédits sur VUistoire de France (186a), p. 837.