ACTE II, SCÈNE lY
MAÎTRE DE PHILOSOPHIS.
Fort bien.
MONSIEUR JOURDAIN
Cela sera galant, oui.
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE
Sans doute. Sont-ce des vers que vous lui voulez écrire ?
MONSIEUR JOURDAIN
Non, non, point de vers.
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE
Vous ne voulez que de la prose ?
MONSIEUR JOURDAIN
Non, je ne veux ni prose ni vers.
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE
Il faut bien que ce soit Tun, ou Tautre.
MONSIEUR JOURDAIN
Pourquoi ?
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE
Par la raison. Monsieur, qu*il n^y a pour sVxprimer que la prose, ou les vers.
MONSIEUR JOURDAIN
Il n y a que la prose ou les vers ?
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE
Non, Monsieur : tout ce qui n*est point prose est vers ; et tout ce qui n^est point vers est prose.
Et comme Ton parle qu*est-ce que c*est donc que cela?
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE
De la prose.
MONSIEUR JOURDAIN
Quoi? quand je dis : « Nicole, apportez-moi mes pantoufles, et me donnez mon bonnet de nuit, » c*e8t de la prose ?
MAITRB DE PHILOSOPHIE.
Oui, Monsieur.
MONSIEUR JOURDAIN
Par ma foi ! il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans que j'en susse ilen^, et je vous suis le plus obligé du monde de m*avoir appris cela. Je voudrois donc lui mettre dans un billet : Belle Marquise^ vos beaux yeux me font mourir (T amour; mais je voudrois que cela fût mis d'une manière galante, que cela fût tourné gentiment.
MAITRE DE PHILOSOPHIE
Mettre que les feux de ses yeux réduisent votre cœur en cendres ; que vous souffrez nuit et jour pour elle les violences d'un....
MONSIEUR JOURDAIN
Non, non, non, je ne veux point tout cela ; je ne veux que ce que je vous ai dit : Belle Marquise^ ifos beaux yeux me font mourir d^ amour,
Il faut bien étendre un peu la chose.
MONSIEUR JOURDAIN
Non, vous dis-je, je ne veux que ces seules paroleslà dans le billet ; mais tournées à la mode, bien arran-
I. Il faat croire, diaprés u panage d*ime lettre de Mme de S&vigné (tome VI, p.449f 1 3 juin 1680), que quelque natTeté semblable était échappée •a comte de Soissons, ou do moins lui était prêtée dans le monde : < Comment, ma fille? j'ai donc fait un sermon sans 7 penser? J*en sub aussi étonnée que M. le comte de Soissons, quand on lui découvrit qu'il faisoit de la prose. » Le comte ne mourut que trois ans après les premières représentations da Bourgeois gentilhomme. U était, comme on sait, de la maison de Saroie, mari d*01ympe Mandni, père de l'illustre prince Eugène qui serrit TAiitrîdbe. — C'est peut-être cette circonstance, que ce comte était TÎTant, qui a €iit croire à Auger que le trait s'appliquait au précédent titulaire (de la maison de Bourbon Condé, celui qui arait péri en 164 1 à la Mariée dans les rangs des Espagnols). Cela est assurément possible. Mais il semble bîea que Mme de Sévigné a touIu plutôt désigner, en 1680, le dernier oouin des comtes de Boissons ; et la raillerie de Molière, après tout, n'était pu ai emelle.