‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 100 sur 854 · LIVRE VI, CHAP. XVI · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CHAP. XVI

Il vit, en passant , un homme an pilori; il demanda pourquoi il était là. Sire, lui dit-on , c'est parce qu'il a fait des Libellée contre vos ministres. Le grand sot /dit le roi : que ne Us écrivait' il contre moi ? on ne lui aurait rien fait.

« Soixante-dix personnes conspirèrent contre l'empereur Ba- » sile(i) : il les fit fustiger ; on leur brûla les cheveux et le poil. » Un cerf l'ayant pris avec son bois par la ceinture , quelqu'un » de sa suite tira son épée , coupa sa ceinture , et le délivra : il » lui fit trancher la tête, parce qu'il avait, disait-il, tiré l'épée » contre lui. » Qui pourrait penser que , sous le même prince , on eût rendu ces deux jugemens?

C'est un grand mal , parmi nous , de faire subir la même peine à celui qui vole sur un grand chemin , et à celui qui vole et assassine. Il est visible que , pour la sûreté publique , il faudrait mettre quelque différence dans la peine.

A la Chine , les voleurs cruels sont coupés en morceaux (2) ; les autres non : cette différence fait qu'on y vole , mais qu'on n'y assassine pas.

En Mosçovie , ou la peine des voleurs et celle des assassins sont les mêmes , on assassine toujours (3). Les morts , y dit-on , ne racontent rien.

Quand il n'y a point de différence dans la peine , il faut en mettre dans l'espérance de la grâce. En Angleterre , on n'assassine point , parce que les voleurs peuvent espérer d'être transportés dans les colonies , non pas les assassins.

C'est un grand ressort des gouvernemens modérés que les lettres de grâce. Ce pouvoir que le prince a de pardonner , exécuté avec sagesse , peut avoir d'admirables effets. Le principe du gouvernement despotique , qui ne pardonne pas , et à qui l'on ne pardonne jamais , le prive de ces avantages.

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