‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 132 sur 854 · LIVRE VHÎ, CHAP. V · texte numérisé non relu

LIVRE VHÎ, CHAP. V

moindre , et leur sûreté plus grande; en sorte que le pouvoir va croissant, et la sûreté diminuant , jusqu'au despote, sur la tête duquel est l'excès du pouvoir et du danger.

Le grand nombre des nobles dans l'aristocratie héréditaire rendra donc le gouvernement moins violent ; mais comme il y aura peu de vertu , on tombera dans un esprit de nonchalance , de paresse , d'abandon , qui fera que l'état n'aura plus de force ni de ressort (1).

Une aristocratie peut maintenir la force de son principe , si les lois sont telles , qu'elles fassent plus sentir aux nobles les périls et les fatigues du commandement que ses délices , et si l'état est dans une telle situation , qu'il ait quelque chose à redouter , et que la sûreté vienne du dedans , et l'incertitude du dehors.

Gomme une certaine confiance fait la gloire et la sûreté d'Une monarchie , il faut au contraire qu'une république redoute quelque chose (2). La crainte des Perses maintint les lois chez les Grecs. Garthage et Rome s'intimidèrent l'une l'autre , et s'affermirent. Chose singulière ! plus ces états ont de sûreté , plus , comme des eaux trop tranquilles , ils sont sujets à se corrompra.

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