‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 137 sur 854 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

De la corruption du principe du gouvernement despotique.

Le principe du gouvernement despotique se corrompt sans cesse, parce qu'il est corrompu par sa nature. Les autres gouverneméns périssent , parce que des accidens particuliers en violent le principe : celui-ci périt par son vice intérieur , lorsque quelques causes accidentelles n'empêchent point son principe de se corrompre. Il ne se maintient donc que quand des circonstances tirées du climat , de la religion , de la situation , ou du génie du peuple , le forcent à suivre quelque ordre et à souffrir quelque

ioo DE L'ESPRIT DES LOIS.

règle. Ces choses forcent sa nature sans la changer : sa férocité reste ; elle est pour quelque temps apprivoisée.

CHAPITRE XL Effet* naturels de la bonté et de la corruption des principes;

Lorsque les principes du gouvernement sont une fois corrompus , les meilleures lois deviennent mauvaises , et se tournent contre l'état ; lorsque les principes en sont sains , les mauvaises ont l'effet des bonnes : la force du principe entraine tout.

Les Cretois , pour tenir les premiers magistrats dans la dépendance des lois , employaient un moyen bien singulier } c'était celui de Y insurrection. Une partie des citoyens se soulevait (i) , mettait en fuite les magistrats , et les obligeait de rentrer dans la condition privée. Cela était censé fait en conséquence de la loi. Une institution pareille , qui établissait la sédition pour empêcher l'abus du pouvoir , semblait devoir renverser quelque république que ce fût j elle ne détruisit pas celle de Crète : voici pourquoi (2).

Lorsque les anciens voulaient parler d'un peuple qui avait le plus grand amour pour la patrie , ils citaient les Cretois. La patrie , disait Platon (3) , nom si tendre aux Cretois. Ils l'appelaient d'un nom qui exprime l'amour d'une mère pour ses enfans (4). Or , l'amour de la patrie corrige tout.

Les lois de Pologne ont aussi leur insurrection. Mais les inconvéniens qui en résultent font bien voir que le seul peuple de Crète était en état d'employer avec succès un pareil .remède.

Les exercices de la gymnastique , établis chez les Grecs , ne dépendirent pas moins de la bonté du principe du gouvernement. « Ce furent les Lacédémoniens et les Cretois , dit Platon (5) , qui » ouvrirent ces académies fameuses qui leur firent tenir dans le » monde un rang si distingué. La pudeur s'alarma d'abord , m mais elle céda à l'utilité publique. » Du temps de Platon , ces institutions étaient admirables (6); elles se rapportaient à un grand objet , qui était l'art militaire. Mais , lorsque les Grecs

(1) Aristote , Polit. , liv. II , chap. x. — (a) Oo se réunissait toujours d'abord contre les ennemis du dehors ; ce qui t'appelait syncrétisme. (Plut,

publiqu

en deux parties , la dansé et la lutte. On voyait en Crète , les danses armées des Curetés ; à Lacédérnone , celles de Castor et de Pollux ; à Athènes , les danses armées de Pallas , très-propres ponr ceux qui no sont pas encore en Age d'aller à la guerre. La lutte est l'image de la

fnerre , dit Platon (des Lois , liv. VII). 11 loue l'antiquité de n'avoir labli que deux «danses, la pacifique et la pyrrhique. Voyez comment ctlle dernière danse s'appliquait i l'art militaire. (Platon, Ibid.)

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