‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 264 sur 854 · CHAPITRE XX* Des traitons · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX* Des traitons

Tout est perdu , lorsque la profession lucrative des traitans parvient encore , par ses richesses , à être une profession honorée. Cela peut être bon dans les états despotiques , où souvent leur emploi est une partie des fonctions des gouverneurs eux-mêmes. Cela n'est pas bon dans la république ; et une chose pareille détruisit la république romaine. Cela n'est pas meilleur dans la monarchie ; rien n'est plus contraire à l'esprit de ce gouvernement. Un dégoût saisit tous les autres états , l'honneur y perd toute sa considération , les moyens lents et naturels de se distinguer ne touchent plus , et le gouvernement est frappé dans son principe.

On vit bien , dans les temps passés , des fortunes scandaleuses; a. c'était une des calamités des guerres de cinquante ans : mais pour lors ces richesses furent regardées comme ridicules , et nous les admirons. "

(1) César fut obligé d'ôter les publicains de la province d'Asie , et d'y établir une autre sorte d'administration > comme nous l'apprenons de Dion.'Et Tacite nous dit que la Macédoine et l'Àchaïe , provinces qu'Auguste avait laissées an peuple romain , et qui , par conséquent , étaient gouvernées sur l'ancien plan, obtinrent d'être du nombre de celles que l'empereur gouvernait par ses officiers. — (a) Foyez Chardin, Voyage de Fera , tome VI. — (5) Tacite, AnnaUs , liv. XIII.

igo DE L'ESPRIT DES LOIS.

Il y a un lot pour chaque profession. Le lot de ceux qui lèvent les tributs est les richesses ; et les récompenses de ces richesses sont les richesses mêmes. La gloire et l'honneur sont pour cette noblesse qui ne connaît , qui ne voit , qui ne sent de vrai bien que l'honneur et la gloire. Le respect et la considération sont pour ces ministres et ces magistrats qui , ne trouvant que le travail après le travail , veillent nuit et jour pour le bonheur de l'empire.

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