CHAPITRE XII
Des lois contre ceux qui se tuent (1) eux-mêmes.
Nous ne voyons point dans les histoires que les Romains se fissent mourir sans sujet : mais les Anglais* se tuent sans qu'on puisse' imaginer aucune raison qui les y détermine ; ils se tuent dans le sein même du bonheur. Cette action , chez les Romains , était l'effet de l'éducation ; elle tenait à leurs manières de penser et à leurs coutumes. Chez les Anglais , elle est l'effet d'une maladie (a) } elle tient à l'état physique de la machine , et est indépendante de tonte autre cause.
Il y a apparence que c'est un défaut de filtration du suc nerveux ; la machine , dont les forces motrices se trouvent à tout moment sans action , est lasse d'elle-même ; l'Ame ne sent point de douleur , mais une certaine difficulté de l'existence. La douleur est un mal local qui nous porte au désir de voir cesser cette douleur : le poids de la vie est un mal qui n'a point de lieu parti* culier , et qui nous porte au désir de voir finir cette vie.
Il est clair que les lois civiles «de quelques pays ont eu des raisons pour flétrir l'homicide de soi-même : mais en Angleterre on ne peut pas plus le punir qu'on ne punit les effets de la démence.