CHAPITRE II
Dê8 lois divines et des loi* humaine*.
O* ne doit point statuer par les lois divines ce qui doit l'être par les lois humaines , ni régler par les lois humaines ce qui doit l'être par les lois divines.
Ces deux sortes de lois différent par leur origine , par leur objet , et par leur nature.
Tout le monde convient bien que les lois humaines sont d'une autre nature que les lois de la religion , et c'est un grand principe; mais ce principe lui-même est soumis à d'autres, qu'il faut chercher.
i". La nature des lois humaines est d'être soumises à tous les accidens qui arrivent , et de varier à mesure que les volontés des hommes changent : au contraire , la nature des lois de la religion est de ne varier jamais. Les fois humaines statuent sur le bien , la religion sur le meilleur. Le bien peut avoir un autre objet, parce qu'il y a plusieurs biens : mais le meilleur n'est qu'un ; il ne peut donc pas changer. On peut bien changer les lois, parce qu'elles ne sont censées qu'être bonnes : mais les institutions de la religion sont toujours supposées être les meilleures.
2°. Il y a des états ou les lois ne sont rien , ou ne sont qu'une volonté capricieuse et transitoire du souverain. Si, dans ces états , les lois de la religion étaient de la nature des lois humaines, les lois de la religion ne seraient rien non plus : il est pourtant nécessaire à la société qu'il y ait quelque chose de fixe; et c'est cette religion qui est quelque chose de fixe.
3°. La force principale de la religion vient de ce qu'on la croit; la force des lois humaines vient de ce qu'on les craint. L'antiquité convient À la religion , parce que souvent nous croyons plus les choses & mesure qu'elles sont plus reculées ; car nous n'avons pas dans la tête des idées accessoires tirées de ces temps-là , qui puissent les contredire. Les lois humaines , au contraire , tirent