‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 725 sur 854 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

De ce qu'on appelait census.

Lorsque les barbares sortirent de leur pays , ils voulurent rédiger par écrit leurs usages ; mais comme on trouva de la difficulté à écrire des mots germains avec des lettres romaines , on donna ces lois en latin.

Dans la confusion de la conquête et de ses progrès , la plupart des choses changèrent de nature; il fallut , pour les exprimer , se servir des anciens mots latins qui avaient le plus de rapport aux nouveaux usages. Ainsi, ce qui pouvait réveiller l'idée de l'ancien cens des Romains (5) , on le nomma census , tributum; et, quand

(1) Dans Duchesne , tome II, page 387. — (2) Ihid. p. 89. — (3) Voyez le Cap i ta la ire de Tan 858 , art. i4. — (4} Ils levaient encore quelques droits sur 1» rivières , lorsqu'il y avait un pont ou un passage. — (5) Le census était un mot si générique, qu'on s'en servit pour exprimer les péages des rivières, lorsqu'il y avait un ponton an bac à passer. Voyez le Capitula* ire III rie Tan 8o3, édit. de Balnae, page 5q5, art », et le V« de l'an 8*9» page 616. On appela encore de ce nom les voitures fournies par les

52a DE L'ESPRIT DES LOIS. î

les choses n'y eurent aucun rapport quelconque , on exprima . \ comme on put , les mots germains ayec des lettres romaines : ainsi on forma le motfredum , dont je parlerai beaucoup dans les Chapitres suiyans.

Les mots census et tributum ayant été ainsi employés d'une manière arbitraire , cela a jeté quelque obscurité dans la sigwài- j fication qu'avaient ces mots dans la première et dans la seconde race : et des auteurs modernes , qui avaient des systèmes partîon— liers (î) , ayant trouvé ce mot dans les écrits de ces temps— lit , i ils ont jugé que ce qu'on appelait census était précisément le cens des Romains , et ils en ont tiré cette conséquence , que nos rois ! des deux premières races s'étaient mis à la place des empereurs romains , et n'avaient rien changé à leur administration (a) : et comme de certains droits levés dans la seconde race ont été , par quelques hasards et par de certaines modifications , convertis en d'autres (3) , ils en ont conclu que ces droits étaient le cen6 des - Romains : et comme , depuis les règlemens modernes , ils ont va que le domaine de la couronne était absolument inaliénable , ils ont dit que ces droits , qui représentaient le cens des Romains , et qui ne forment pas une partie de ce domaine , étaient de pures usurpations. Je laisse les autres conséquences.

Transporter dans des siècles~reculés toutes les idées du siècle oà l'on vit , c'est des sources de Terreur celle qui est la plus féconde. A ces gens qui veulent rendre modernes tous les siècles anciens je dirai ce que les prêtres d'Egypte dirent à Sol on : « O Athéniens, w vous n'êtes que des enfans. »

Page 1