CHAPITRE VI
Seconde époque de rabaissement des rois de la première race.
Depuis le supplice de Brunehault , les maires avaient été administrateurs du royaume sous les rois ; et quoiqu'ils eussent la conduite de la guerre, les rois étaient pourtant à la tête des armées , et le maire et la nation combattaient sous eux. Mais la victoire du duc Pépin sur Tbéodoric et son maire (2) acheva de dégrader les rois (3) ; celle que remporta (4) Charles Martel sur Chiipéric et son maire Rainfroy confirma cette dégradation. L'Austrasie triompha deux fois de la Neustrie et de la Bourgogne y et la mairie, d'Austrasie étant comme attachée à la famille des Pépins , cette mairie s'éleva sur toutes les autres mairies , et cette maison sur toutes les autres maisons. Les vainqueurs craignirent que quelque homme accrédité ne se saisit de la personne des rois pour exciter des troubles : ils les tinrent dans une maison royale comme dans une espèce de prison (5). Une fois chaque année ils étaient montrés au peuple. Là ils faisaient des ordonnances , mais c'étaient celles du maire (6) ; ils répondaient aux ambassadeurs , mais c'étaient les Réponses du marre. C'est dans ce temps que les historiens nous parlent du gouvernement des maires sur les rois qui leur étaient assujettis (7).
(1) Voyez le second supplément à la Loi des Bourguignons, tit. XIII j et Grégoire de Tours, liv. IX , ebap. xxxn. — (2) Voyez les Annales de Metz, sur les années 678 et 688. — (5) Mis quidem nomina regum imponens ipse totius regnihabens pririlegium, etc. (Ibid. sur Tan 696.) — * (4) Ibid. sur Tan 7 1 9. — (5) Sedemque illi regalem sub sud ditione conoes* sit. ( Annales de Metz, sur Tan 719.) — (6) Ex Chronico Centulensi > lib. II • Ut reponsm quœ erat edoetus , vel potiùs jussus , ex suâ velut potestate redderet. — (7) Annates de Metz, sur l'an 691. Anno principatûs Pippini super Theodoricum.... Annales de Fulde ou de Laurishro. Pippinus , dux Francorum , obtinuit regnum Franeorum per annos 97 cum regibus sibi subjectif. >
56o DE L'ESPRIT DES LOIS.
Le délire de la nation pour la famille de Pépin alla si loin , qu'elle élut pour maire un de ses petits-fils qui était encore dans l'enfance (i); elle l'établit sur un certain Dagobert, et mit un fantôme sur un fantôme.