LIVRE XXXÏ, CHAP. XXXlIL Sgî
appelait les femmes a la succession des fiefs se soit introduite plus tard dans la comte de Toulouse que dans les autres provinces du royaume (i).
La constitution de divers royaumes de l'Europe a suiyi l'état actuel où étaient les fiefs dans les temps que ces royaumes ont été fondé». Les femmes ne succédèrent ni à la couronne de France ni à l'empire -, parce que , dans l'établissement de ces deux monarchies , les femmes ne pouvaient succéder aux fiefs : mais elles succédèrent dans les royaumes dont l'établissement suivit celui de la perpétuité des fiefs, tels que ceux qui furent fondés par les conquêtes des Normands, ceux qui le furent par les conquêtes faites sur les Maures ; d'autres enfin qui , au-delà des limites de l'Allemagne et dans des temps assez modernes , prirent , en quelque façon , une secondejaaissancepar l'établissement du christianisme. Quand les fiefs étaient amovibles , on les donnait à des gens qui étaient en état de les servir ; et il n'était point question des mineurs i mais quand ils furent perpétuels , les seigneurs prirent le fief jusqu'à la majorité, soit pour augmenter leurs profits, soit pour faire élever le pupille dans l'exercice des armes (2). C'est ce que nos coutumes appellent la garde-noble , laquelle est fondée sur d'autres principes que ceux de la tutelle , et en est entièrement distincte.
Quand les fiefs étaient à vie , on se recommandait pour un fief; et la tradition réelle, qui se faisait par le sceptre, constatait le fief, comme fait aujourd'hui l'hommage. Nous ne voyons pas que les comtes , ou même les envoyés du roi reçussent les hommages dans les provinces ; et cette fonction ne se trouve pas dans les commissions de ces officiers , qui nous ont été conservées dans les Capitulaires. Ils faisaient bien quelquefois prêter le serment de fidélité à tous les sujets (3) ; mais ce serment était si peu un hommage de la nature de ceux qu'on établit depuis , que , dans ces derniers , le serment de fidélité était une action jointe à l'hommage , qui tantôt suivait et tantôt précédait l'hommage , qui n'avait point lieu dans tous les hommages , qui fut moins solennelle que l'hommage , et en était entièrement distincte (4).
(1) La plupart des grandes maisons avaient leurs lois de succession par* tien Hères. F oyez ce que M. de La Thanmassière nous dit sur les maisons du Berri. — (2) On voit dans le capilulaire de Tannée 877, apud Carisiacum , art. 3 , édition de Baluze , tome II , page 369 , le moment où les rois firent administrer les fiefs pour les conserver aux mineurs: exemple qui fut suivi par les seigneurs , et donna l'origine a ce que nous appelons la garde-noble. — (3) On en trouve la formule dans le capilulaire II de Tau 802. Voyez aussi celui de Tan 854 , art. i3 , et autres. — (4) M. du Cange, an mot ho minium , page 11 63, et au mot fideltta», page 474, cite les Chartres des anciens hommages où ces différences se trouvent, et grand nombre d'autorités qu'on peut voir. Dans l'hommage, I. 38
5g4 DE L'ESPRIT DES LOIS.
Les comtes et les envoyés du roi faisaient encore, dans les occasions, donner aux vassaux dont la fidélité était suspecte, une assurance qu'on appelait /limitas (i); mais cette assurance ne pouvait être un hommage , puisque1 les rois se la donnaient entre eux (2).
Que si l'abbé Suger parle d'une chaire de Dagobert oh , selon le rapport de l'antiquité , les rois de France avaient coutume de recevoir les hommages des seigneurs (3) , il est clair qu'il emploie ici les idées et le langage de son temps.
Lorsque les fiefs passèrent aux héritiers , la reconnaissance du vassal , qui n'était dans les premiers temps qu'une chose occasionnelle , devint une action réglée : elle fut faite d'une manière plus éclatante, elle fut remplie de plus de formalités, parce qu'elle devait porter la mémoire des devoirs réciproques du seigneur et du vassal dans tous les ^ges.
Je pourrais croire que les hommages commencèrent à s'établir du temps du roi Pépin , qui est le temps où j'ai dit que plusieurs bénéfices furent donnés à perpétuité : mais je le croirais avec précaution , et dans la supposition seule que les auteurs des anciennes annales des Francs n'aient pas été des ignorans, qui, décrivant les cérémonies de l'acte de fidélité que Tassillon , duc de Bavière , fit à Pépin (4) , aient parlé suivant les usages qu'ils voyaient pratiquer de leur temps (5).