LIVRE VI, CHAP. V
» qu'un roi de France ait condamné, en qualité de juge» par
m son avis, un gentilhomme à mort (i). »
Les jugement rendus par le prince seraient une source intarissable d'injustices et d'abus ; les courtisans extorqueraient , par leur importunité , se% jugemene. Quelques empereurs romains eurent la fureur de juger ; nuls règnes n'étonnèrent plus l'univers par leurs injustices.
« Glande» dit Tacite (a) , ayant attiré k lui le jugement des » affaires et les fonctions des magistrats , donna occasion à toutes » sortes de rapines. » Aussi Nérou , parvenant à l'empire après Claude f voulant se concilier les esprits , déclara-t-il s « Qu'il se » garderait bien d'être le juge de toutes les affaires , pour que » les accusateurs et les accusés , dans les murs d'un palais , ne » fussent pas exposés à l'inique pouvoir de quelques affran-
• chis (3). »
« Sous le règne d'Àrcàdius , dit Zozirae (4) , la nation des ca- » lomniateurs se répandit , entoura la cour , et l'infecta. Lors- » qu'un homme était mort, on supposait qu'il n'avait point » laissé d'enfans (5) ; on donnait ses biens par un rescrit : car , » comme le prince était étrangement stupide , et l'impératrice » entreprenante à l'excès , elle servait l'insatiable avarice de ses » domestiques et de ses confidentes; de sorte que, pour les » gens modérés, il n'y avait rien de plus désirable que la
* mort. »
« Il y avait autrefois , dit Procope (6) , fort peu de gens à la » cour ; mais , sous Justinien , comme les juges n'avaient plus ht » liberté de rendre justice, leurs tribunaux étaient déserts, tan- » dis que le palais du prince retentissait des clameurs des parties « qui y sollicitaient leurs affaires. » Tout le monde sait comment on y vendait les jugemfene , et même les lois.
Les lois sont les yeux du prince ; il voit par elles ce qu'il ne pourrait pas voir sans elles. Veut-il faire la fonction des tribunaux ; il travaille non pas pour lui > mais pour ses séducteurs contrs) lui.