‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 2)Chapitre 116 sur 119 · UN ACADÉMICIEN DE LYON · texte numérisé non relu

UN ACADÉMICIEN DE LYON

labes; c'est de la prose, si on en détache le vers suivant. iNlais, dans Tun et dans Tautre cas, (juaurois-je fait fidèle, est mille fois plus éneryiquC'^que si on disoit, q}iaurois-jc fait si tu avais étc fidèle ? Ce tour si nouveau enlève; il ne fandroit pas le répéter. H y a des expressions que Boileau appelle f?'OUî>'ée.v, qui font un effcît merveilleux dans la place où un homme do yénie les emploie: elles deviennent ridicules chez les imitateurs.

M. Clénuîut croit que M. de Voltaire veut dire qu'il faut tourner en prose un vers, en lui substituant d'autres expressions pour en bien jnyer. (Test précisément le contraire. 11 faut laisser la construction eruière, telle qu'elle est avec tous les mots tels qu'ils sont, et en oter seulement la rime.

M. de la Motte sembla prétendre que Tinimitable Jlacine n'étoit pas poëte; et, j)our le prouver, il ota les rimes à la première scène de Mit/iridate, en conservant scrupub^usenu nt tout le reste, comme il le devoit j)our son dessein. M. de Voltaire lui démontra, si je ne me trompe, que c'étoit par cela nu'*nuî que ce (^rand homme étoit aussi bon poète qu'on peut lYtre dans notre lan^jue. Pounpioi '^ c\;st cpi'on ne trouva pas dans toutes ( ette scène de Miihridate, délivrée de resclava{j(; de la rinuî, un seul ujot qui ne lut à sa place, pas une constriu tion vicieuse, rien d'am])Oulé ou de bas, rien de faux, de recherché, de r<''pété, d'obscur, de basardé. J'ous les gens de lettres convinrent quec'étoitia véritable pierie d<î touche. On vovoiî que llacine a voit suinionté sans effort toutes les dlfliculté$dela rime. C étoit un homme qui, char(>^é(ic fcjs.

marchoit librement avec grâce. C'est certainement ce qu'on ne pouYoit dire d aucmi autre tragique depuis les belles scènes de Cornélie, de Pauline, d'Horace, de Cinna , du Cid. Ouvrons Rodogune , dont la dernière scène est un cbef-d'œuvre, et lisons le commencement de cette pièce fameuse, dégagé seulement delà rime.

a Ce jour pompeux, ce jour beureux nous luit en-

u fin, qui doit dissiper la nuit d'un trouble si long, ce

«grand jour où l'hyménée, étouffant la vengeance,

« remet l'intelligence entre le Partbe et nous , affran-

« cbit la princesse, et nous fait pour jamais un lien de

« la paix du motif de la guerre. Mon frère , ce grand

«jour est venu où notre reine, cessant de tenir plus

« la couronne incertaine, doit rompre son silence obs-

« tiné aux yeux de tous, nous déclarer l'aîné de deux

« princes jumeaux, et l'avantage seul d'un moment de

«naissance dont elle a cacbé la connoissance jus-

« qu'ici, mettant le sceptre dans la main au plus heu-

« reux, va faire l'un sujet et l'autre roi. Mais n'admi-

« rez-vous point que cette même reine le donne pour

« époux à l'objet de sa baine, et n'en doit faire un roi

« qu'afin de couronner celle qu'elle aimoit à gêner

« dans les fers ? Rodogune, traitée par elle en esclave,

« va être montée par eUe sur le trône , etc. »

En lisant le commencement de Rodogune tel qu'il est mot à mot dans la pièce , je découvre tout ce qui m'étoit écbappé à la représentation. Un jour pompeux y un jour heureux y un grand jour ^ en quatre vers; une nuit dun trouble y une princesse affranchie y sans que je jsache encore quelle est cette princesse : un motif de la

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