LE PLAIDEUR
Les procès m'ont gâté, messieurs ; je m'en repens : C'est, dans mon déplaisir, tout ce que j'en puis dire; Car je crains tellement de payer des dépens Que, même au mardi-gras, je n'ose plus médire.
l'amoijreux.
J^ai fait ce qu'il a fallu faire ; Mais les bals, les collations, Les présents , les discrétions , N'ont point avancé mon affaire :
J'ai corrompu trente valets Afin de rendre mes poulets; J'ai doimé mille sérénades :
On persiste à me dédaigner ; Et deux misérables œillades C'est tout ce que j'ai pu gagner.
DE P. CORNEILLE. i55
Quoi que m'ait promis respcrance,
A la fin il ne m'est resté
Que Tincommode vanité
D'une sotte persévérance;
Ma profusion sans effet
N'a servi qu'à gâter mon fait
Et dissiper mon héritage :
Quel malheur me va poursuivant!
O dieux! j'ai mangé mon partage
Sans avoir vécu que de vent.
l'ivrognk.
N'est-ce pas une chose étrange Que, pour trotter dedans la fange, Je fasse faux hond au clairet, Et que cette troupe hrouillonne M'arrache de ce caharet Pour vous produire ma personne?
Je violente mon humeur D'abandonner ce lieu charmeur; Toutefois je n'ose me plaindre, Étant déjà si fort gâté Que je m'achéverois de peindre Pour peu que j'en aurois ta té.
Outre que mes eaux sont si basses, A force de vider les tasses, Qu'il faut renoncer au métier. Ne pouvant plus laisser en gage,
ï56 POÉSIES DIVERSES
Au malheureux cabaretier.
Que les rubis de mon \isage.
Mais encor suis^je plus heureux Que tant de fous et d'amoureux Qui se sont perdus par leurs grippes;.
Car, bien que je sois bas d'aloi.
Mon argent, serré dans mes tripes, N'est point sorti hors de chez mok