KN FAVEUR DE L'ACADÉMIE DES PEINTRES ILLUSTRES
Enfin tu m'as suivie, et ces vastes montagnes
Qui du Rhône et du Pô séparent les campagnes
N'ont eu remparts si forts ni si haut élevés
Que ton vol, chère sœur, après moi n'ait bravés;
Enfin ce vieux témoin de toutes nos merveilles.
Toujours pour toi tout d'yeux, et pour moi tout d'oreilles ,
Le Tibre voit la Seine, autrefois son appui.
Partager tes trésors et les miens avec lui :
Tu me rejoins enfin, et courant sur mes traces,
En cet heureux séjour du mérite et des grâces.
Tu viens, à mon exemple, enrichir ces beaux lieux
De tout ce que ton art a de plus précieux.
Oh, qu'ils te fourniront de brillantes matières!
Que d'illustres objets à toutes tes lumières !
Prépare des pinceaux, prépare des efforts,
Pour toutes les beautés de l'esprit et du corps ,
' Cette pièce et plusieurs autres sont tirées du Recueil des Poesiea i'hoislesdeSercy. Paris, 1660, 5 vol. in-ia.
i88 POÉSIES DIVERSES
Pour tous les dons du ciel, pour tous les avantages,
Que la nature et lui sèment sur les visages ;
Prépare-s-en enfin pour toutes les vertus,
Sous qui nous puissions voir les vices abattus.
Sans te gêner Tidée après leur caractère,
Pour les bien exprimer tu n auras qu à portraire;
La France en est féconde, et tes nobles travaux
En trouveront chez elle assez d'originaux :
Mais n'en prépare point pour la plus signalée,
Qu on a depuis long-temps de la cour exilée.
Pour celle qui départ le solide renom :
Hélas ! j'en ai moi-même oublié jusqu'au nom.
Tant je vois rarement mes plus fameux ouvrages
Pouvoir s'enorgueillir de ses moindres suffrages.
Ronsard, qu'elle flattoit à son commencement,
La crut avec son roi couchée au monument;
Il en perdit haleine, et sa muse malade
En laissa de ses mains tomber la Françiade.
Maynard l'a chaque jour criée à haute voix :
Il n'est porte où pour elle il n'ait frappé cent fois ;
Mais sans en voir l'image en aucun lieu gravée.
Il est mort la cherchant, et ne l'a point trouvée.
J'en fais souvent reproche à ce climat heureux;
Je me plains aux plus grands comme aux plus généreux :
Pour trop m'en plaindre en vain je deviens ridicule.
Et Ion ne m'entend pas , ou l'on le dissimule.
Qu'aujourd'hui la valeur sait mal se secourir !
Que je vois de grands noms en danger de mourir !
Que de gloire à l'oubli malgré le ciel se livre.
Quand il m'-a tant donné de quoi la faire vivre !
Le siècle a des héros , il en a même assez
Pour en faire rougir tous les siècles passés;
Il a plus d'un César, il a plus d'un Achille :
Mais il n'a qu'un Mécène, et n'aura qu'un Virgile :
Rare exemple, et trop grand pour ne pas éclater;
Rare exemple, et si grand qu'on ne l'ose imiter.
Cette haute vertu va toutefois renaître :
A quelques traits déjà je crois la reconnoître.
Chère et divine sœur, prépare tes cravons :
*Uen vois de temps en temps hriller quelques rayons;
Les Sbphocles nouveaux dont j'honore la France
En ont déjà senti quelque douce influence;
Mais ce ne sont enfin que rayons inconstants,
Qui vont de Pun a Tautn?, et qui n'ont que leur temps :
Et ces heureux hasards des fruits de mon étude
Laissent tout l'avenir dedans lincertitude.
Fixe avec ton pouvoir leur éclat vagabond;
Fais-les servir d'ébauche à ton savoir profond;
Et, mêlant à ces traits l'effort de ton génie,
F'ais revoir en portrait cette ilhistre bannie;
Peins bien toute sa pompe et toutes ses beautés.
Son empire absolu dessus les volontés ;
Fais-lui donner du histre aux plus brillantes marques
Dont se pare le chef des plus dignes monarques ;
Fais partir de nos mains à ses commandements
Tout ce que nous avons d'éternels monuments;
Fais-lui distribuer la plus durable gloire;
Mets riiistoirc à ses pieds, et toute la mémoire:
Mets en ses veux l'éclat d une divinité;
Mets en ses maiiis le sceau de l'immortalité,
i^o POÉSIES PIVEBSE.S
Et rappelle si bien un juste amoiir p^iur qI^,
Qu a son tour .^a ces lieuii cet aiivoui' U ^pp^Hhf
Et que les iyomFSj plongés dans le rav^issement,
N'en |>i|iiss^nt ^plus souffrir ce loog bwQi^semcpat.
Mais que dis-jte ? Au yas i!9^peler cfitp^ PWfé^
Avec bien plus de gloire^» et beaucoup n^uti^ dç ffÀ^e.
Ce que je n ai pu faire a-yec toutes mcç ypix^
Quoique j.9ki» w pour moi jus£[U ^ celle des rpÀs,
Quoique toute leiur cour, de JXkes douccw^ cbanuée,
^|:|iar--delà m^s xœux enHé msi renommée;
Un coup id'oil le va taure , ^et ton art plus chariO^^
Pour un si gr^nd^eff^t ne veut qu'uo seul momwt.
Je vois^ ps vois déjà dans tosi académie^
Parade royales imai&s en ces lioux siffenuie.
Tes Zeuxis renaias^Qjts, >tes Apelles nouyeaux.
Étaler à Fenyi.des c^fsrd'œuv^re si beauXt
Qu'un violottt.amour.pouridos dîmes pi^i^
Transforme .en géiiéi^uX}les,cœui:S'les plu^ 9^i^^.;
Et les prépîpita^tàjd!incttus,effiwts^
Fait dérouiller kselefis desîplusisooretsitréftors.
Je les yoifiiefFafiQr^oesichefstdiffiiivres^ antiques,
Dont jadis les,-seuls i ois , les seules iiépubtiqM|9a.»
iLe^ seuls peuples entiposipouvQienitf^iffek j>iii¥y
Et pour qui Ton traîtoH lfis<talentl3;de mépci^ s
Je vois le Ikitosi «e venir a^eôdire bomio^e»
Je vois âe>déboi7der le iPaotole et le T3g#,
Je les vois à girandsilots.se répftudireàSW JCÀ-
N accusons iplus le âiéde; enifiin jejjsi revqi,
Je la revois ei^n cette belle Inoonoue ,
Et par tqi^rappelée, et pour.toi-revenufi.
DE P. CORNEILLE. ly
Oui, désormais le siècle a tout son ornement, Puisqu'enfin tu lui rends en cet heureux moment Cette haute vertu, cette illustre bannie.
Cette source de gloire en torrents infinie, Cette reine des cœurs, cette divinité :
J'ai retrouvé son nom, la Libéralité.
SONNET
SUR LA COKTESTATIO.N LNTaE LE SONNET d'uRANIE