A MONSIEUR PÉLISSON
En matière d'amour je suis fort inégal j J'en écris assez bien, et le fais assez mal ; J'ai la plume féconde, et la bouche stérile, Bon galant au théâtre, et fort mauvais en ville; Et l'on peut rarement m'écouter sans ennui , Que quand je me produis par la bouche d'autrui.
Voilà, monsieur, une petite peinture que je fis de moi-même il y a près de vingt ans. Je ne vaux guère mieux à présent. Quoi qu'il en soit, monsieur le surintendant^ a voulu savoir ces six vers; et je ne suis
* M. Fouquet, surintendant des finances
point fâché de lui avoir fait voir que j*ai toujours eu assez d'esprit pour connottre mes défauts, malgré Tamoui^propre qui semble être attaché à notre métier. J obéis donc sans répugnance aux ordres qu'il lui a plu m'en donner, et vous supplie de me ménager un moment d audience pour prendre congé de lui , puisqu'il a voulu que je l'importunasse encore une fois. Il me témoigna, dimanche dernier, assez de bonté pour me faire espérer qu'jil ne dédaignera pas de prendre quelque soin de moi; et je ne doute point que tôt ou tard elle n'ait son effet, principalement quand vous prendrez la peine de l'en faire souvenir. Je me promets cela de la généreuse amitié dont vous m'honorez, et suis à vous de tout mon cœur.
p. CORNEILLE.