REMERCIEMENT AU ROI
Ainsi du Dieu vivant la bonté surprenante Verse, quand il lui plait, sa grâce prévenante; Ainsi du haut des cieux il aime à départir Des biens dont notre espoir n'osoit nous avertir. Comme ses moindres dons excédent le mérite, Cette même bonté seule Ten sollicite; Il ne consulte qu'elle, et, maître qu'il en est, Sans devoir à personne, il donne à qui lui plaît.
Telles sont les faveurs que ta main nous partage, Grand roi, du Roi des rois la plus parfaite image: Tel est Tépanchement de tes nouveaux bienfaits ; Il prévient Tespérance, il surprend les souhaits,
Imité du dernier vers de la troisième ode d'Horace, lib. 4 '• Qubd spirn et placeo, si placeo, tuum est.
* Corneille composa cette pièce pour remercier le roi de l'avoir compris dans le nombre des savants célèbres à qui il avait accordé des gralilications , en i6C)?..
!i3o POÉSIES DIVERSES
Il passe le mérite, et ta bonté suprême Pour faire des beureux les dioisit d^eite*mémie. Elle ma mis du nombre, et me force à rougir De ne me voir qu'un zélé incapable d'agir.
Son excès dans mon cœur fait des troubles étranges. Je sais que je te dois des vœux et des louanges, Que ne t'en pas offrir c'est te les dérober; Mais si j'y fais effort, je cherche à succomber, Et le phis beau succès que mua muse en obtfennè Profanera ta gloire et détruira la mienne.
Je veux bien l'immoler tout entière à mon roi; Mais, si je n'en ai plus, je ne puis rien pour toi; Et j'en dois prèttdre &om, |iotir éviter le crime D'employer à te p^eindre un pinceau sans lestime. Il n'est datas tous tes arts secret plus excellent Que de savoir connoître et choisir son talent. Pour moi, qui de Potier b'eàs jamais la méthode, J'ignore encor le tour dû bonnet et de l'ode. Mon génie au théâtre a voulu m 'attacher.
Il en a feit mon soit, j'è dois in'y retrancher ; Par-tout ailleurs je rattfpe, et ne ^uts pîlus iïi6i-même Mais là j'ai quelque notù, là qiielqùefois '6n ïn'aittié; Là ce même génie ose de temps en temps Tracer de toïi portrait quélqlîies traits éciatèmts. Par eux de l'Andromède il sut ouvrir la scène; On y vit le Soleil instruire Mélpoméne, Et lui dire qu'un jour Alexandre et Gésar Sembleroient des vaincus attachés à ton char : Ton front le promettoit, et tes premiers mfiracles Ont rempli hautement la foi de mes oracles.
DE P. CORNEILLE. 23i
A peine tu parois les armes à la main,
Que tu ternis les noms du Grec et du Romain ;
Tout tremble, tout fléchit sous tes jeunes années;
Tu portes en toi seul toutes les destinées;
Rien n'est en sûreté s'il ne vit sous ta loi :
On t'offre, ou, pour mieux dire, on prend la paix de toi ;
Et ceux qui se font craindre aux deux bouts de la terr(%
Pour ne te craindre plus renoncent à la guerre.
Ton hymen est le sceau de cette illustre paix : Sur ces grands incidents tout parle, et je me tais: Et, sans me hasarder à ces nobles amorces, J'attends l'occasion qui s'arrête à mes forces. Je la trouve, et j'en prends le glorieux emploi, Afin d'ouvrir ma scène encore un coup pour toi : J'y mets la Toison d'oi; mais, avant qu'on la voie, La Paix vient elle-même y jiréparer la joie; L'Hymen l'y fait descendre ; et de Mars en courroux Par ta digne moitié j'y romps les derniers coups.
On te voyoit dès-lors à toi seul comparable Faire éclater par-tout ta conduite adorable , Remplir les bons d'amour, et les méchants d'effroi. Jusque-là toutefois tout n étoit pas à toi; Et, quelque doux effets (lu'eût produits ta victoire, Les conseils du grand Jule ^ avoient part à ta gloire.
Maintenant qu'on te voit en digne potentat Réunir en ta main les rênes de l'état.
Que tu gouvernes seul, et que, par ta prudence, Tu rappelles des rois l'auguste indépendance.
' Le cardinal Ma/.aiiti.
2'in POÉSIES DIVERSES
Il est temps que d'un air encor plus élevé Je peigne Qn ta personne un monarque achevé ; Que j'en laisse un modèle aux rois qu'on verra naître » Et qu'en toi pour régner je leur présente un maître.
G est là que je saurai fortement exprimer L'art de te faire craindre, et de te faire aimer; Cet accès libre à tous, cet accueil favorable. Qu'ainsi qu'au plus heureux tu fais au misérable. Je te peindrai vaillant, juste, bon, libéral, Invincible à la guerre , en la paix sans égal : Je peindrai cette ardeur constante et magnanime De retrancher le luxe et d'extirper le crime; Ce soin toujours actif pour les nobles projets, Toujours infatigable au bien de tes sujets ; Ce choix de serviteurs fidèles, intrépides.
Qui soulagent tes soins, mais sur qui tu présides. Et dont tout le pouvoir qui fait tant de jaloux N'est qu'un écoulement de tes ordres sur nous. Je rendrai de ton nom l'univers idolâtre :
Mais, pour ce grand chef-d'œuvre, il faut un grand théâtre.
Ouvre-moi donc, grand roi ! ce prodige des arts, Que n'égala jamais la pompe des Césars, Ce merveilleux salon où ta magnificence Fait briller un rayon de sa toute-puissance; Et peut-être, animé par tes yeux de plus près. J'y fer?ii plus encor que je ne te promets.
Parle, et je reprendrai ma vigueur épuisée Jusques à démentir les ans qui l'ont usée.
Vois comme elle renaît dès que je pense à toi, Comme elle s'applaudit d'espérer en mon roi l
Le plus pénible effort n'a rien qui la rebute : Commande, et j'entreprends; ordonne, et j'exécute.
AU ROI