‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 2)Chapitre 62 sur 119 · DE P. C0KM:ILI.E · texte numérisé non relu

DE P. C0KM:ILI.E

Tel est sur tes François l'cfïet de ta présence, (îrand monarque ! tels sont les fruits de ta prudence Qui par des feints combats prit soin de les former A tout ce que la guerre a d affreux ou d'amer. Tu les faisois dès-lors à ce qu'on leur voit faire ; Et l'espoir d'un grand nom ni celui du salaire Ne font point cette ardeur (pii rêyiie en leurs esprits: Tu les vois, c'est leur joie, et leur {jloire, et leur prix. Tandis que Tescadron, fier de cette déroute, Mêle au sang hollandois les eaux dont il dégoutte, De honte et de dépit les uiànes disparus De ces bords asservis qu'en vain ils ont courus, Y laissent à mon roi, pour éteriuîl trophée.

Leurs noms ensevelis et leur gloire étouffée.

Mais qu'entends-je ! et d oii part cette grêle de coups? Généreuse noblesse, où vous en^portez-vous? La troupe ((u'à passer vous voyez em[)ressée A courir les fuyards s est toute dispersée, Et vous donnerez seuls dans ce retranchement Où Tembuche est dressée à votre emportement; A peine y serez-vous cincjuante contre mille; Le vent s'est abattu, le Khin s'est fait docile, Mille autres vont passer et vous suivre à l'envi: Mais je donne un avis que je vois mal suivi; Guitry tombe par terre : ô ciel, (|ucl coup de foudre! Je te vois, Longueville, étendu sur la poudre; Avec toi tout l'éclat de tes premiers exploits Laisse périr le nom et le sang des Dunois , Et ces dignes aïeux qui te voyoient les suivre Perdent et la douceur et l'espoir de revivre.

Gondé va te venger» CkMidé dont les regards Portent toute Norlinghe et Lena aux champs de Mars; Il ranime y il soutient cette ardente noblesse Que trop de cœur épuise ou de force ou d'adresse; Et son juste courroux par de sanglants effets Dissipe les chagrins d'une trop longue paix.

L'ennemi qui recule , et ne bat qu'en retraite. Remet au plomb volant à venger sa défaite :

On l'enfonce. Arrêtez, héros! où courez-vous? Hasarder votre sang c'est les exposer tous; C'est hasarder Enghien, votre unique espérance, rEnghien^ qui sur vos pas à pas égaux s'avance; Tous les coeurs vont trembler à votre seul aspect : Mais le plomb n'a point d'yeux, et v(de sans respect; Votre gauche l'éprouve. Allez, Hollande ingrate, Plaignez-vous d'un malheur où tant de gloire éclate ;> Plaignez-vous à ce prix de recevoir nos fiers ; Trois gouttes d'un tel sang valent tout Tunivers : Oui, de votre malheur la ^€Âve est sans seccmde D'avoit* rougi vos champs du premier sang du monde; Les plus heureux climats en vont être jaloux ; Et, quoi que vous perdiez, nous perdons plus que vous.

La Hollande applaudit à ce coup téméraire :

Le François indigné redouUe sa colère ; Contre elle Knosembourg ne dure qu'une nuit; Arnheim, qui l'ose attendre, en deux jours est réduit; Et ce fort merveilleux sous qui l'onde asservie Arrêta si long^temps toute la Batavie, Qui de tous ses vaillants onze mois fut l'éQÛeîl, L'inaccessible Skeink coûte à peine un aw^ d'œil. i

Que peut Orange ici pour essais de ses armes, Que dérober sa gloire aux communes alarmes, Se séparer d'un peuple indigne d'être à lui, Et dédaigner des murs qui veulent notre appui ?

La rive de TYssel si bien fortifiée, Par ce juste mépris à nos mains confiée.

Ne trouve parmi nous que des admirateurs De ses retranchements et de ses déserteurs.

Yssel trop redouté, qu'ont servi tes menaces? L ombre de nos drapeaux semble charmer tes places : Loin d'y craindre le joug on s en fait un plaisir; Et sur tes bords tremblants nous n'avons qu'à choisir. Ces troupes qu'un beau zélé à nos destins allie Font dans TOver-Yssel régner la Westphalie; EtGrolle, Zwol, Kempen, montrent à Deventer Qu'il doit craindre à son tour les bombes de Munster. Louis porte à Doesbourg sa majesté suprême, Et fait battre Zutphen par un autre lui-même : L'un ouvre, l'autre traite, et soudain s'en dédit : De ce manque de foi Philij)pe le punit, Jette ses murs par terre, et le force à lui rendre Ce qu'une folle audace en vain tâche à défendre. Ces colosses de chair robustes et pesants Admirent tant de cœur en de si jeunes ans ; D'un héros dont jamais ils n ont vu le visage En cet illustre frère ils pensent voir l'image. L'adorent en sa place, et, recevant sa loi, Reconnoissent en lui le sang d'un si grand roi. Ainsi, lorsque le Rhin, maître de tant de villes. Fier de tant de climats qu'il a rendus fertiles,

Enflé des eaux de source et des eaux de tribut, Approche de la mer que sa course a pour but, Pour s^acquérir Thonneur d enrichir plus de inonde, Il prête au Whal, son frère, une part de son onde ; Le Whal, qui porte ailleurs cet éclat emprunté, En soutient à grand bruit toute la majesté.

Avec pareil orgueil précipite sa course.

Montre aux mêmes effets qu'il vient de même source, Qu'il a part aux grandeurs de son être divin , Et sous un autre nom fiait adorer le Rhin. ;

Qu'il m'est honteux, grand roi ! de ne pouvoir te suivrj Dans Nimégue qu'on rend, dans Utrecht qu'on te livre, Et de manquer d'haleine alors qu'on voit la foi Sortir de ses cachots , triompher avec toi, Et, de ses droits sacrés par ton bras ressaisie, Chez tes nouveaux sujets détrôner l'hérésie ! La victoire s'attache à marcher sur tes pas.

Et ton nom seul consterne aux lieux où tu n'es pas. Amsterdam et La Haye en redoutent l'insulte; L'un t'oppose ses eaux, l'autre est tout en tumulte : La noire politique a des secrets ressorts Pour y forcer le peuple aux plus injustes morts ; Les meilleurs citoyens aux mutins sont en butte L'ambition ordonne, et la rage exécute; Et qui n'ose souscrire à leurs sanglants arrêts, Qui s'en, fait un scrupule, est dans tes intérêts : Sous ce cruel prétexte on pille, on assassine; Chaque ville travaille à sa propre ruine; Chacun veut d'autres chefs pour calmer ses terreurs. Laisse-les , grand vainqueur i punir à leurs fureurs ;

Laisse leur barbarie arbitre de la peine D'un peuple qui ne vaut ni tes soins ni ta haine: Et, tandis qu'on s'acharne à s'entre-déchirer, Pour quelques mois ou deux laisse-moi respirer.

SONNET

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