‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 2)Chapitre 64 sur 119 · SUR SA LIBÉRALITÉ ENVERS LES MARCHANDS DE LA VILLE DE PARIS · texte numérisé non relu

SUR SA LIBÉRALITÉ ENVERS LES MARCHANDS DE LA VILLE DE PARIS

Chantez, peuples, chantez la valeur libérale,

La bonté de Louis à son grand cœur égale :

Du trône, d où ses soins insultent les remparts.

Forcent les bastions, brisent les boulevards,

Il vous tend cette main qui lance le tonnerre;

Et quand vous lui portez des secours pour la guerre,

Qu'à tout donner pour lui vous vous montrez tout prêts.

Il vous rend et vos dons, et d'heureux intérêts.

Ainsi quand du soleil la course rayonnante Fait rouler dans les cienx sa pompe dominante, Qu'en maître souverain de ce brillant séjour Il régie les saisons et dispense le jour, Il ne dédaigne point d epandre ses lumières Sur les sableâ déserts et les tristes bruyères, Et, sans (pié pour régner il veuille aucun appui. Il aime à voir lamour que la terre a pour lui ; La terre qui 1 adore exhale des nuages Qui du milieu des airs lui rendent ses hommages;

* Ces yers sont imités d'une pièce latine dont nous ignorons Tauleur, et qui fut: imprimée arec la traduction de Gomeille en 1674-

Mais il n'attire à lui cette semence d'eaux Que pour la distiller en de féconds ruisseaux, Et de tous les présents que lui fait la nature Il n'en reçoit aucun sans rendre avec usure.

O vous, célèbre corps, à qui de l'univers Tous les bords sont connus et tous les ports ouverts ! Vous, par qui les trésors des plus heureuses plages Viennent de notre France enrichir les rivaxjes. Oyez ce qu'au milieu du bruit de cent canons Votre grand roi prononce en faveur de vos dons, Ce qu'en votre faveur la muse me réXèle !

Peuples, dit ce héros, je connois votre zélé. J'en aime les efforts, et dans tout l'avenir J'en saurai conserver l'amoureux souvenir; Vous n'avez que trop vu ce qu'ose l'Allemagne, Ce que fait la Hollande, et qu'a tramé l'Espagne, Ce que leur union attente contre moi.

Plus l'attentat est grand , plus grande est votre foi, Et vous n'attendez point que je vous fasse dire (bmme il faut soutenir ma gloire et mon empire ; Vous courez au-devant, et prodiguez vos biens Pour en mettre en mes mains les plus aisés moyens ; C est votre seul devoir qui pour moi s'intéresse, C'est votre pur amour qui pour moi vous en presse : Je le vois avec joie. A ces mots ce vainqueur, Sur son peuple en vrai père épanchant son grand cœur. Fait prendre ces présents, qu'un léger intervalle Pienvoie accompagnés de sa bouté royale.

C'est assez, poursuit-il, d'avoir vu votre amour;

La tendresse du mien veut agir à son tour.

Pour rendre cette guerre à ses auteurs funeste,

Sujets dignes de moi, j ai des trésors de reste;

J'en ai de plus sûrs même et de beaucoup plus grands

Que ceux que vous m'dSrez, que ceux que je vous rends;

J'ai le fond de vos cœurs , et c est de quoi sufiGrè

Aux plus rares exploits où mon courage aspire : '

-G est aux ordres d'un roi ce qui donne le poids,

C^est là qu'est le trésor, qu est la force des rois.

Reprenez ces présents dont loffre m^est si chère;

Si je les ai reçus , c'est en dépositaire.

Et je saurai sans eux dissiper les complots

Que la triple alliance oppose à mon repos.

Ce fruit de vos travaux destiné pour la guerre.

Ces tributs que vous font et la mer et la terre.

Votre amour, votre ardeur à servir mes desseins.

Les rend assez à moi tant qu'ils sont en vos mains;

Mes troupes, par moi-même au péril animées.

Renverseront sans eux les murs et les armées.

J'en ai la certitude; et de vous je ne veux

Aucun autre secours que celui de vos vceux;

OfFrez'les sans relâche au grand Dieu des.batailles

Tandis que mes canonsi foudroieront les murailles.

Et devant ses autels , prosternés à genoMx ,

Invoquez-le pour moi, je combattrai pour vous.

Là se tait le monarque, et sûr de ses conquêtes.

Aux triomphes nouveaux il tient ses armes, prêtes.

Cet éclat surprenant de magnanimité

Par la nymphe à cent voix en tous lieux est porté.

Que de ravissements suivent cette nouvelle!

Colbert y met le comble en ministre fidèle :

Ce grand homme sous lui, maître de ses trésors, Mande par ordre exprès ce grand et nombreux corps. Le force d'admirer des bontés sans mesure, Et remet en ses mains ses dons avec usure.

De là ces doux transports, ces prompts frémissements Qui poussent jusqu'au ciel mille applaudissements, Ces vœux si redoublés qui hâtent sa victoire, Ces titres par avance élevés à sa gloire.

On voit Paris en foule accourir aux autels, Implorer le grand Maître, et tous les immortels; Ses temples sont ornés, des lumières sans nombre Y redoublent le jour, y font des nuits sans ombre : Son prélat donne Tordre, et par un saint emploi Répond aux dignités dont Thonore son roi.

L'effet suit tant de vœux; les plus puissantes villes Semblent n'avoir pour nous que des remparts fragiles, On les perce, on les brise, on écrase les forts : 11 y pleut mille feux, il y pleut mille morts. Les fleuves, les rochers, ne sont que vains obstacles; Notre camp à toute heure est fertile en miracles; Et l'exemple d'un roi qui se mêle aux dangers. Enflant le cœur aux siens, l'abat aux étrangers. Besançon voit bientôt sa citadelle en poudre, Dôle avertit Salins de ce que peut sa foudre : Et toute la Comté, pour la seconde fois.

Rentre sous l'heureux joug du plus juste des rois. Mais ce n'est encor rien; et tant de murs par terre N'étalent aux regards que l'essai d'une guerre, Où le manque de foi, qu'il commence à punir, Voit le prélude affreux d'un plus rude avenir.

Généreux citoyens de cette immense ville, A qui par ce grand rpi tout commerce est facile. Vous qui. ne trouvez point de bords si peu conclus Où son illustre nom ne vous ait prévenus; Si vous n exposez point de sang pour sa victoire. Vos cœurs, vos dons, vos vœux, ont du moins cette gloire Que votre exemple montre au reste des sujets Comme il faut d'un tel prince appuyer les projets. Plus à ses ennepnis il fait craindre ses armies , Plus la paix qu il souhaite aura pour vous de charmes. Ce sera , peuple , alors que par d'autres venus . Ses lois triompheront des yioes abattus ;; Chaque jour, chaque instant Ipi fouri^ii^ matic^re A déployer sur vous sa ^nté tout entière; - Les malheurs quQ la guerre aura tiiop fait dui^r, : Cette même bonté s^ura Içs réparer»

Pour augure certain, pour assuré présage, Dans ces dons qu il vous rend il vous en donne un gage; Et si jamais le ciel remplit ce dou:i; souhait. Vous voyez son amour, vous en verre?: Tefiet.

Présenté par les Gardes des Marchands de la ville de Paris.

AU ROI

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