‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 2)Chapitre 65 sur 119 · PIÈCE IMITÉE DUNE ODE LATINE DU P. LUCAS , JESUITE · texte numérisé non relu

PIÈCE IMITÉE DUNE ODE LATINE DU P. LUCAS , JESUITE

Le printemps a cliangé la face de la terre ; Il ramène avec lui la saison de la guerre, Et nos champs reverdis font renaître, grand roi, En ton cœur martial des soins dignes de toi.

La trompette a sonné; ton armée intrépide,

Prête à marcher, te demande pour guide, Et tous ses escadrons sur ta frontière épars Ambitionnent tes regards.

Joins ta présence et tes destins propices Au zèle impatient qui presse leurs efforts; Daigne servir de tête et dame à ce grand corps.

Et sous tes illustres auspices Ses bras feront pleuvoir d'inévitables morts. Que je plains votre aveugle et folle confiance, Obstinés ennemis de nos plus doux souhaits,

Qu'enorgueillit une triple alliance Jusques à dédaigner les bontés de la France ! Que de pleurs, que de sang, que de cuisants regrets,

Vous va coûter ce refus de la paix!

Son vengeur à partir s'apprête.

38o POÉSIES DIVERSES

Cent lauriers lui ceignent la tête.

Cent lauriers que sa main elle-même a cueillis Sur autant de vos murs foudroyés par ses lis. Bellone, qui l'attend au sortir de son Louvre, Veut tracer à ses pas la carrière qu'elle ouvre; Son zélé, impatient dlarborer ce grand nom, Pour conduire son char s'empare du timon : .

D'un prompt et sûr triomphe écoutez le prélude,

Et par quels voeux pousséa tous à-la-fois De ses heureux sujets la noble inquiétude

Hâte ses. glorieux exploits.

Pars , grand monarque l et vole aux justes avantages Que te promet Tardeur de taht de grands courages;

C'est ce que dit toute sa cour :

Pars, grand monarquetetvole aux conquêtes nouvelles, Dont te répond Tamour de tant de cœurs fidèles;

C'est ce que ëit tout Paiîs à son tour.

Il part; et la frayeur, chez les siens inconnue, Annonce en même temps parmi vous sa venue:

La victoire le suit dans une majesté

D(mt 1 inexorable fierté

Semble du ciel autorisée A venger le mépris d'une paix r^sée

Avec tant de téÉoéritév

Et, commençant par un miracle, Bellone fait par-tout retentir cet oracle :

« Ennemis de la paix, vous la voudrez trc^ tard : ^ Le ciel ne peut aimer ceux qui troublent la Jterre ;

« Et, je vous le jdis de sa part, - K La guerre, punira ceux qui veulent la guerre. »

I/Anglois avec chaleur souscrit à cet arrêt;

Au belliqueux Suédois également il plaît;

Le Danois en frémit, Brandebourg s'en alarme;

ÏLt pour nos François c'est un charme, Qui laisse leur esprit d'autant plus satisfait Que c'est à leur valeur d'en faire voir l'effet. Déjà le Rhin pâlit, la Meuse s'épouvante, Et l'Escaut, dont le front jaune et cicatrisé Porte empreints les grands coups dont il s'est vu brisé , Craint une plaie encor plus étonnante,

Et cache au plus creux de ses eaux

Sa tête de nouveau tremblante

Pour le reste de ses roseaux.

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