‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 2)Chapitre 66 sur 119 · SUR SA CAMPAGNE DE · texte numérisé non relu

SUR SA CAMPAGNE DE

Ennemis de mon roi, Flandre, Espagne, Allemagne, Qui croyiez que Rouchain dût finir sa campagne, l^^t n'avanciez vers lui que pour voir comme il faut Régler Tordre d'un siège, ou livrer un assaut; Ne vous fatiguez plus d'études inutiles A prendre ses leçons quand il vous prend des villes; N y perdez plus de temps : ses François aujourd'hui Sont les disciples seuls qui soient dignes de lui, l.t nul autre n'a droit :\ ces nobles audaces

28s POÉSIES DIVERSES

D'embrasser son exemple et mardier sur ses traces.

Lassés de toujours, perdre , et fiers de son retour, Vous vous étieE promis de vaincre à votre tour; Vous aviez espéré de voir par sçn absence Nos troupes sans vigueur, et nos murs sans défense : Mais vous n aviez pas su qu un courage si grand De loin comme de près sur les siens se répand ; De loin comme de près sa prudence les guide; De loin comme de près son destin y préside.

Les rois savent agir tout autrement que nous; Souvent sans être en vue ils frappent de grands coups. Dieu lui-même, ce Dieu dont ils sont les images, De son trône en repos fait partir les orages, £t jouit dans le ciel de sa gloire et de soi , Tandis que sur la t^rre il remplit tout d'effipoi. Mon prince en use ainsi; ses fêtes de Versailles Lui servent de prélude à gagner des batailles^ Et d'un plaisir pompeux Téclat réjaillissant Dissipe vos projets en le divertissant.

Muses, laviez-vous cru, vous qui faites les vaines De prévoir lavenir des fortunes humaines, D en percer le plus sombre et le plus épineux? Aviez-vous deviné que ce parc lumineux.

Ces belles nuits s^ns ombre avec ^urs jours d'appHcpe, Préparoieht à vos chants un objet héroïque?

Dans ces délassements où tant d'art a paru, Voyez-vous Aire prise, et Mastricht secouru?

G'étoit là toutefois, c'étoit Theureuse suite Qu y destinoit dès-lors son auguste conduite. Dans ce brillant amas de feux et de beautés.

DE P. CORNEILLE. a83

Sa grande ame s'ouvroit à ses propres clartés; Au milieu de sa cour au spectacle empressée , La guerre s'emparoit de toute sa pensée; Et ce qui ne sembloit que nous illuminer Lui montroit des remparts ailleurs à fulminer. J en prends Aire à témoin , et les mers de Sicile, L'esprit de liberté qui régne en toute Tîle, L'ame du grand Ruyter, et ses vaisseaux froissés, Sous Tabri de Sardaigne à peine ramassés.

Votre orgueil s'en console, ennemis de la France, A revoir Philisbourg sous votre obéissance ; L empereur et TEmpire , unis à l'investir, Enfin au bout d'un an ont su l'assujettir :

Mais l'effort d'une ligue en guerriers si féconde Devoit y consumer moins de temps et de monde. Ilfalloit, en dépit des plus hardis secours.

Comme notre Gondé, le prendre en onze jours ; Et vous déshonorez vos belles destinées Quand l'œuvre d'onze jours vous coûte des années.

Cependant à vos yeux, et dans le même été, Aire, Condé, Bouchain, n'ont presque rien coûté; Et Mastricht voit tourner vos desseins en fumée, Quand ce qu'il vous en coûte auroit fait une armée. Ainsi, bien que la prise ait suivi le blocus, Que devant Philisbourg nous paroissions vaincus , Si pour rendre à vos lois cette place fameuse Le Rhin vous favorise au refus de la Meuse, Si pour d'autres exploits il anime vos bras, Pour un peu de bonheur ne nous insultez pas; Kt sur-tout gardez-vous de le croire si ferme.

Que vous vous dispensiez de trembler pour Païenne,

Pour Ypres, pour Cambrai, Saint-Ooier, Luxonboorg;

Tremblez même déjà pour TOtre-Philisbourg.

Le nom seul de mon roi vous est par-tout à craindre :

A triompher de vous cessez de le contraindre;

Et jusques à la paix qu'il vous offre en héros.

Craignez sa vigilance, et même s<mi repos.

AU ROI

SUR CINNA, POMPÉE, HORACE, SBRTORrUS, OBDIPE, RODOGUNE, QU IL A FAIT REPRÉSENTER DE SUITE DEVANT LUI A VERSAILLES, EN OCTOBRE 1676.

Est-il vrai, grand monarque! et puis-je me vanter Que tu prennes plaisir à me ressusciter, Qu au bout de quarante ans, Cinna, Pompée, Kurace, Reviennent à la mode ^ et retrouvent leur place, Et que rheurenx briHant de mes jeunes rivaux N'ôte point leur vieux lustre à mes premiers travaux?

Achève : le^ derniers n'ont rien qui dégénère. Rien qui les fasse croire eofiints d\m autre père; Ce soDtdes malheurevix^ étouffés au berceau , Qu'un seul de tes regatrd^ tirerbit du tombeau. On voit Sertorius, Œdipe, etRodogune, Rétablis par ton dboix daii& toute leur fortune^ Et ce dboix montreroit-qu'Othon et Snréna Ne apnt pas des cadets indignes de Cinna.

DE P. COIINEILLE. 285

Sophonisbe à son tour, Attila, Pulchérie, Reprendroient pour te plaire une seconde vie; Agésilas en foule auroit des spectateurs.

Et Bérénice enfin trouveroit des actems. Le peuple, je Ta voue, et la cour les déjjradent; Je foiblis, ou du moins ils se le persuadent, l*our bien écrire encor j'ai trop lony-tenips écrit; Et les rides du front passent jusqu'à Tesprit : Mais contre cet abus que j'aurois de suflrafjes, Si tu donnois les tiens à mes derniers ouvrages! Que de tant de bonté Timpérieuse loi Haméneroit bientôt et peuple et cour vers moi!

Tel Sopliocle à cent ans charmoit encore Athènes, Tel bouillonnoit encor son vieux sang dans ses vf^ines, Diroient-ils à Tenvi, lors(|ue OEdipc aux abois De ses juges pour lui gagna toutes les voix.

Je n'irai pas si loin; et si mes quinze lustres Font encor quelque peine aux modernes illustres. S il en est de fâcheux jusqu à s en cliagriner, Je n'aurai pas long- temps à les im[)ortuner. Quoi que je m'en promette, ils n'en ont rien à craindiv C est le dernier éclat d'un feu prêt à s éteindre; Sur le point d'expirer il tâche d'éblouir, Et ne frappe les yeux que pour s'évanouir.

Souffre, quoi qu'il en soit, que mon ame ravie Te consacre le peu qui me reste de vie :

L oflre n'est pas bien grande, et le moindre moment l^eut dispenser mes vœux de 1 accomplissement, l^réviens ce dur moment par des ordres propices; ^'ompte mes bons désirs l'omme autant de services.

aie POÉSIES DIVERSES

Je sers depuis douze ans , mais c est par d^antres bras Que je verse pour toi du saog dans nos combats : J en pleure encore un 61s , et tremblerai pour Fautre Tant que Mars troublera ton repos et le nôtre : Mes frayeurs cesseront enfin par cette paix Qui fait de tant d'états les plus ardents souhaits. Cependant, s'il est vrai que mon service plaise, Sire, un bon mot, de grâce, au père de La Chaise*.

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