‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 2)Chapitre 79 sur 119 · PSAUME XXXVII · texte numérisé non relu

PSAUME XXXVII

Domine^ ne infurore tuo arguas nie.

Seigneur, quand tu voudras convaincre ma foiblesse, Mets à part la fureur de tes ressentiments, Et ne consulte point ton iré vengeresse Sur le choix de mes châtiments.

Les flèches que sur moi ton bras a décochées De leurs pointes d'acier hérissent tout mon cœur. Et ta main enfonçant leurs atteintes cachées S'est affennie en sa rigueur.

Je ne vois sur ma chair que blessures mortelles, Qu'ulcères qu'à toute heure ouvrent de nouveaux traits ; Mes crimes ont pour moi des pointes étemelles Qui de mes os chassent la paix.

Ces crimes entassés élèvent sur ma tète Dés eaux de ta colère un fier débordement, Et d'un fardeau si lourd la pesanteur m'apprête Un long et triste accablement.

Ma folie a long-temps négligé ma blessure ; Elle en a vu sans soin la plaie et les tumeurs,

Et voit lioiiteuseincMit tourner en pourriture» La corruption des humeurs.

r^a misère m'acrahie et la douleur me presse; J'en marche tout courbé, j en vis tout abattu, l'^t par-tout où )e vais 1 excès de ma tristesse MV traîne Ibible et sans vertu.

Ce nVst cprilhision ([ue Téclat de ma vie, (^u\ui vieux son{;e (|ui (latte, et (]u on raj)pelle en vain; Il fait place à Thoireur de cette ('liaii' pouirie. Et d un corps (|ui n a rien de sain.

Dans ces aiflictions et ces (jênes cruelles, Quand je crois ne pousser cpie des (;émissenients. Je sens de nouveaux maux, et des rigueurs nouvelles Les tourner en rujjissements.

Seigneur, jetez les yeux sur ma doulc^ur profonde : Vous savez mes désirs, vous les connoissez tous; Et j'ai beau déguiser (es maux à tout le monde, Ils n'ont rien de caché poiu' vous.

Mon cœur est plein de trouble, et ma vi^»ueur entière M'abandonne et m'expose à dv<> âmes sans loi: Kt celui (pii servoit à uu^s veux de lumière Lui-même n est plus avec moi.

Son exemple a séduit mes amis et mes proclies. Ils ont vu ma misère, et s Cn sonl écartés.

Et ces lâches ^esprits revienoenit aux approches Sous l'étendard des révoltés.

Les plus :attacbés même à chercher ma présence M'ont regardé de loin sans m of&ir de secours, Et laissé sans obstacle agir la violence Qui cherchoit à trancher mes jours.

De ceux qui m'ont haï les langues mensongères Par des contes €tn lair chaque jour m'ont noirici^ Et leurs fourbes sans cesse ont forgé des chiwèries Par qui mon nom fut obscurci.

J'ai fait la sourde oreille et refusé d'entendre Ce que de l'imposture osoit l'indigne cours, Et ma bouche muette a dédaigné de rendre Réponse aucune ^ leurs discours.

y J'ai mieux aimé passer pour un homme incapable

Et de rien écouter, et de i:ien démentir, Ou plutôt pour un homme au stupide, ou co,upable, Qui n'a point de quoi repartir.

Vous répondrez pour moi. Seigneur, et je l'espère, Moi qui n'ai jamais eu d'espérance qu'en vous : Vous saurez, et bientôt, exaucer la prière Que je vous en fais à genoux.

Vous ne permettrez point qu'une pleine victoire Mette au-dessus de^oi ces esprits insolents^

Eux qui n'ont déjà pris que trop de vaine {gloire D'avoir vu mes pas cliancelants.

S il faut souffrir eneore un coup de fouet j)lus rude. J(i suis prêt; déployez votre sévérité :

Ma peine (\st au-dessous de mon injjratitude, Et mon criuu' a tout mérité.

Je Favonerai tout liant, |)oui' reudie mieux coumu' L'infâme énormité de tout ce (|ue j ai fait, J y pense nuit et joui", vA: n ai devant la vue Que 1 ima{;e de mon forfait.

Mais faut-il ce])endant (|ue mes (!imemis vivent Avec tant d'avantaj^e affermis contre moi, Et que le nombre acciu de ceu\ (jui me poursuivent A jamais me f<!sse la loi ?

Vous voyez à (puîl point enflcMit leur médisance Ceux dont 1 inpiste aigreur rend le mal [)Our le bien. A quel point ma bonté, réduite à 1 impuissance, Les porte à ne douter de rien.

Ne m abandonnez pas à tout(î ma disprace :

.\utre que vous, Seiyneui, ne peut me relever; Ne vous éloijjnez pas rpie ce torrent ne passe, Vous qui seul m'en j)Ouvez sauver.

Venez, venez, mon Dieu, venez tôt à mon aide, Contre tant de malbeurs (pii uj'ont choisi pour but .

Vous qui de tous mes maux êtes le seul remède , Et Tespoir seul de mon salut.

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