‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 172 sur 278 · ACTE III, SCÈNE III. 3a · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III. 3a

Pour vous en donner un digne de vous et d'elle.

Jule et le {jrand Auguste ont choisi dans leur sang,

Ou dans leur alliance à qui laisser ce rang.

Moi, sans considérer aucun nœud domestique.

J'ai £aiit ce choix comme eux, mais dans la république :

Je lai fait de Pison ; c'est le sang de Grassus ,

G est celui de Pompée, il en a les vertus;

Et ces fameux héros dont il suivra la trace

Joindront de si grands noms aux grands noms de ma race ,

Qu il n'est point d'hyménée en qui Tégalité

Puisse élever l'empire à plus de dignité.

CAMILLE

J'ai tâché de répondi*e à cet amour de père

Par un tendre respect qui chérit et révère.

Seigneur; et je vois mieux encor par ce grand choix,

Et combien vous m'aimez, et combien je vous dois.

Je sais ce qu'est Pison et quelle est sa noblesse ;

Mais, si j'ose à vos yeux montrer quelque foiblesse.

Quelque digne qu'il soit et de Rome et de moi.

Je tremble à lui promettre et mon cœur et ma foi ;

Et j'avouerai, seigneur, que pour mon hyménée

Je crois tenir un peu de Rome où je suis née.

Je ne demande point la pleine liberté.

Puisqu'elle en a mis bas l'intrépide fierté;

Mais si vous m'imposez la pleine servitude.

J'y trouverai, comme elle, un joug un peu bien rude.

Je suis trop ignorante en matière d'état

Pour savoir quel doit être un si grand potentat ;

Mais Rome dans ses murs n'a-t-elle qu'un seul homme.

N'a-t-elle que Pison qui soit digne de Rome ?

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3^4 OTHON

Et dans tous ses états n en sauroit^n voir deux

Que puissent vos bontés hasarder à mes vœux?

Néron fit aux vertus une cruelle guerre ; S'il en a dépeuplé les trois parts de la terre , Et si, pour nous donner de dignes empereurs, Pison seul avec vous échappe à ses fureurs.

Il est d'autres héros dans un si vaste empire, Il en est qu après vous on se plairoit d'élire. Et qui sauroient mêler, sans vous faire rougir, L'art de gagner les cœurs au grand art de régir. D'une vertu sauvage on craint un dur empire; Souvent on s'en dégoûte au moment qu'on l'admire; Et, puisque ce grand choix me doit faire un époux. Il seroit bon qu'il eût quelque chose de doux, Qu'on vit en sa personne également paroitre Les grâces d'un amant, et les hauteurs d'un maître, Et qu'il fût aussi propre à donner de l'amour Qu'à faire ici trembler sous lui toute sa cour. Souvent un peu d'amour dans les cœurs des monarques Accompagne assez bien leurs plus illustres marques. Ce n'est pas qu'après tout je pense à résister; J'aime à vous obéir, seigneur, sans contester. Pour prix d'un sacrifice où mon cœur se dispose. Permettez qu'un époux me doive quelque chose. Dans cette servitude où se plaît mon désir.

C'est quelque liberté qu'un ou deux à choisir. Votre Pison peut-être aura de quoi me plaire Quand il ne sera plus un mari nécessaire; Et son amour pour moi sera plus assuré, S'il voit à quels rivaux je l'aurai préféré.

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