‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 173 sur 278 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

GALBA

Ce long raisonnement dans sa délicatesse

A vos tendres respects mêle beaucoup d'adresse.

Si le refus n'est juste, il est doux et civil.

Parlez donc, et sans feinte, Othon vous plairoit-il?

On me la proposé, qu'y trouvez- vous à dire?

CAMILLE

L'avez-vous cru d'abord indigne de l'empire.

Seigneur?

GALBA

Non : mais depuis, consultant ma raison.

J'ai trouvé qu'il falloit lui préférer Pison. Sa vertu plus solide et toute inébranlable Nous fera, comme Auguste, un siècle incomparable, Où l'autre, par Néron dans le vice abymé, Ramènera ce luxe où sa main l'a formé, Et tous les attentats de l'infâme licence Dont il osa souiller la suprême puissance.

CAMILLE

Othon près d*un tel maître a su se ménager, Jusqu'à ce que le temps ait pu Fen dégager.

Qui sait faire sa cour se fait aux mœurs du prince ; Mais il fut tout à soi quand il fut en province ; Et sa haute vertu par d'illustres effets Y dissipa soudain ces vices contrefaits.

Chaque jour a sous vous grossi sa renommée; Mais Pison n'eut jamais de charge ni d'armée; Et comme il a vécu jusqu'ici sans emploi, On ne sait ce qu'il vaut que sur sa bonne foi. Je veux croire en faveur des héros de sa race,

326 OTHON

Qu'il en a les vertus, qu il en suivra la trace,

Qu'il en égalera les plus illustres noms;

Mais j'en croirois bien mieux de grandes actions.

Si dans un long exil il a paru sans vice,

La vertu des bannis souvent n est qu'artifice.

Sans vous avoir servi vous l'avez ramené :

Mais lautre est le premier qui vous ait couronné;

Dès qu'il vit deux partis, il se rangea du vôtre :

Ainsi l'un vous doit tout, et vous devez à l'autre.

GALBA

Vous prendrez donc le soin de m'acquitter vers lui; Et comme pour l'empire il faut un autre appui, Vous croirez que Pison est plus digne de Rome; Pour ne plus en douter suffit que je le nomme.

CAMILLE

Pour Rome et son empire, après vous je le croi; Mais je doute si l'autre est moins digne de moi»

GALBA

Doutez-en ; un tel doute est bien digne d'une ame Qui voudroit de Néron revoir le siècle infâme, Et qui voyant qu'Othon lui ressemble le miçux»...

CAMILLE

Choisissez de vous-même, et je ferme les yeux. Que vos seules bontés de tout mon sort ordonnent : Je me donne en aveugle à qui qu'elles me donnent. Mais quand vous consultez Lacus et Martian, Un époux de leur main me paroît un tyran ; Et, si j'ose tout dire en cette conjoncture, Je regarde Pison comipe leur créature.

Qui, régnant par leur oiKlre et leur prêtant sa voix,

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