ACTE III, SCÈNE V
Ne vous y trompez plus : il a vu dans cette ame Et votre ambition et toute votre flamme ; Et peut tout contre vous, à moins que contre lui Mon hymen chez Galba vous assure un appui.
OTHON
Eh bien I il me perdra pour vous avoir aimée;
Sa haine sera douce à mon ame enflammée;
Et tout mon sang n'a rien que je veuille épargner,
Si ce n est que par là que vous pouvez régner.
Permettez cependant à cet amour sincère
De vous redire encor ce qu il n'ose vous taire.
En Fétat qu'est Pison, il vous faut aujourd'hui
Renoncer à l'empire, ou le prendre avec lui.
Avant qu'en décider, pensez-y bien, madame ;
C est votre intérêt seul qui fait parler ma flanune.
Il est mille douceurs dans un grade si haut
Où peut-être avez-vous moins pensé qu'il ne faut.
Peut-être en un moment serez- vous détrompée ;
Et si j'osois encor vous parler de Poppée,
Je dîrois que sans doute elle m'aimoit un peu.
Et qu'un trône alluma bientôt un autre feu.
Le ciel vous a feit Famé et plus grande et plus belle;
Mais vous êtes princesse, et femme enfin comme elle.
L'horreur de voir une autre au rang qui vous est dû,
Et le juste chagrin d avoir trop descendu,
Presseront en secret cette ame de se rendre
Même au plus foible espoir de le pouvoir reprendre.
Les yeux ne veulent pas en tout temps se fermer;
Mais l'empire en tout-temps a de quoi les charmer.
L'amour passe, ou languit; et, pour fort qu'il puisse être, .
334 OTHON
De la soif de régner il n'est pas toujours maître.
CAMILLE
Je ne sais quel amour je vous ai pu donner»
Seigneur; mais sur Tempire il aime à raisonner: Je Ty trouve assez fort, et même d'une force A montrer qu'il connott tout ce qu'il a d'amorce, Et qu'à ce qu'il me dit touchant un si grand choix, Il a daigné penser un peu plus d'une fois.
Je veux croire avec vous qu'il est ferme et sincère, Qu'il me dit seulement ce qu'il n'ose me taire; Mais à parler sans feinte....
OTHON
Ah, madame! croyez....
CAMILLE
Oui, j'en croirai Pison à qui vous m'envoyez; Et vous, pour vous donner quelque peu plus de joie, Vous en croirez Plautine à qui je vous renvoie. Je n'en suis point jalouse, et le dis sans courroux : Vous n'aimez que l'empire, et je n'aimois que vous. N'en appréhendez rien, je suis femme, et princesse, Sans en avoir pourtant l'orgueil ni la foiblesse; Et votre aveuglement me fait trop de pitié Pour l'accabler encor de mon inimitié.