‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 179 sur 278 · ACTE III, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V

Ne vous y trompez plus : il a vu dans cette ame Et votre ambition et toute votre flamme ; Et peut tout contre vous, à moins que contre lui Mon hymen chez Galba vous assure un appui.

OTHON

Eh bien I il me perdra pour vous avoir aimée;

Sa haine sera douce à mon ame enflammée;

Et tout mon sang n'a rien que je veuille épargner,

Si ce n est que par là que vous pouvez régner.

Permettez cependant à cet amour sincère

De vous redire encor ce qu il n'ose vous taire.

En Fétat qu'est Pison, il vous faut aujourd'hui

Renoncer à l'empire, ou le prendre avec lui.

Avant qu'en décider, pensez-y bien, madame ;

C est votre intérêt seul qui fait parler ma flanune.

Il est mille douceurs dans un grade si haut

Où peut-être avez-vous moins pensé qu'il ne faut.

Peut-être en un moment serez- vous détrompée ;

Et si j'osois encor vous parler de Poppée,

Je dîrois que sans doute elle m'aimoit un peu.

Et qu'un trône alluma bientôt un autre feu.

Le ciel vous a feit Famé et plus grande et plus belle;

Mais vous êtes princesse, et femme enfin comme elle.

L'horreur de voir une autre au rang qui vous est dû,

Et le juste chagrin d avoir trop descendu,

Presseront en secret cette ame de se rendre

Même au plus foible espoir de le pouvoir reprendre.

Les yeux ne veulent pas en tout temps se fermer;

Mais l'empire en tout-temps a de quoi les charmer.

L'amour passe, ou languit; et, pour fort qu'il puisse être, .

334 OTHON

De la soif de régner il n'est pas toujours maître.

CAMILLE

Je ne sais quel amour je vous ai pu donner»

Seigneur; mais sur Tempire il aime à raisonner: Je Ty trouve assez fort, et même d'une force A montrer qu'il connott tout ce qu'il a d'amorce, Et qu'à ce qu'il me dit touchant un si grand choix, Il a daigné penser un peu plus d'une fois.

Je veux croire avec vous qu'il est ferme et sincère, Qu'il me dit seulement ce qu'il n'ose me taire; Mais à parler sans feinte....

OTHON

Ah, madame! croyez....

CAMILLE

Oui, j'en croirai Pison à qui vous m'envoyez; Et vous, pour vous donner quelque peu plus de joie, Vous en croirez Plautine à qui je vous renvoie. Je n'en suis point jalouse, et le dis sans courroux : Vous n'aimez que l'empire, et je n'aimois que vous. N'en appréhendez rien, je suis femme, et princesse, Sans en avoir pourtant l'orgueil ni la foiblesse; Et votre aveuglement me fait trop de pitié Pour l'accabler encor de mon inimitié.

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