‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 180 sur 278 · SCÈNE r · texte numérisé non relu

SCÈNE r

OTHON, PLAUTINE.

PLAUTINE.

Que voulez-vous, seigneur, qu'enfin je vous conseille? Je sens un trouble égal d'une douleur pareille; Et mon cœur tout à vous n'est pas assez à soi Pour trouver un remède aux maux que je prévoi. Je ne sais que pleurer, je ne sais que vous plaindre. Le seul choix de Pison nous donne tout à craindre. Mon père vous a dit qu'il ne laisse à tous trois (^ue l'espoir de mourir ensemble à notre choix; Et nous craignons de plus une amante irritée D'une offre en moins d'un jour reçue et rétractée, D'un hommage où la suite a si peu répondu, Et d'un trône qu'en vain pour vous elle a perdu.

' Cette scène pourrait faire quelque effet, si Othon ëtait vériublement en danger ; mais cette crainte prématurée que Pison ne le fasse mourir un jour n'a rien de réel , comme on Ta déjà remarqué. Tout TédiBce de la pièce tombe par cette seule raison ; et je crois que c'est une loi qui ne souffre aucune exception, que jamais un danger éloigné ne doit faire le nœud d'une tragédie.

OTHON. 337

Pour vous avec ce trdne elle étoit adorable ;

Pour TOUS elle y renonce, et n a plus rien d'aimable.

Où ne portera point un si juste courroux

La bonté de se voir sans Fempire et sans vous ?

Honte d'autant plus grande, et d autant plus sensible,

Qu elle s'y promettoit un retour infaillible,

Et que sa main par vous croyoit tôt regagner

Ce que son cœur pour vous paroissoit dédaigner !

OTHON

Je n ai donc qu'à mourir/ Je l'ai voulu, madame,

Quand je l'ai pu sans crime, en faveur de ma flamme;

Et je le dois youloir, quand votre arrêt cruel

Pour mourir justement m'a rendu criminel.

Vous m'avez commandé de m'ofFrir à Camille j

Grâces à nos malheurs ce crime est inutile.

Je mourrai tout à vous ; et si pour obéir

J'ai paru mal aimer, j ai semblé vous trabir,

Ma main, par ce même ordre à vos yeux enhardie.

Lavera dans mon sang ma fausse perfidie.

N'enviez pas, madame, à mon sort inhwnain

La gloire de finir du moins en vrai Romain ,

Après qu'il vous a plu de me rendre incapable

Des douceurs de mourir en amant véritable.

PLAUTINE.

Bien loin d'en condamner la noble passion.

J'y veux borner ma joie et mon ambition.

Pour de moindres malheurs on renonce à la vie. Soyez sûr de ma part de l'exemple d'Arrie; J'ai la main aussi ferme et le cœur aussi grand. Et quand il le faudra, je sais comme on s'y prend.

338 OTHON

Si vous daigniez, seigneur, jusque-là vous contraindre. Peut-être espérerois-je en voyant tout à craindre. Camille est irritée et se peut apaiser.

OTHON

Me condamneriez- vous, madame, à Tépouser?

PLAUTINE.

Que n'y puis-je moi-même opposer ma défense ! Mais si vos jours enfin n'ont point d autre assurance, S^il n'est point d'autre asile....

OTHON

Ah I cour(His à la mort; Ou, si pour l'éviter il nous faut faire effort, Subissons de Lacus toute la tyrannie.

Avant que me soumettre à cette ignominie.

J'en saurai préférer les plus barbares coups A l'affront de me voir sans l'empire et sans vous, Aux hontes d'un hymen qui me rendroit infâme, Puisqu'on fait pour Camille un crime de sa flamme, Et qu'on lui vole un trône en haine d'une foi Qu'a voulu son amour ne promettre qu'à moi.

Non que pour moi sans vous ce trône eût aucuns charmesj Pour vous je le cherchois, mais non pas sans alarnies: Et si tantôt Galba ne m'eût point dédaigpié, J'aurois porté le sceptre, et vous auriez régné; Vos seules volontés, mes dignes souveraines, D'un empire si vaste auroient tenu les rênes. Vos lois....

. c'est donc à moi de vous faire empereur.

Je l'ai pu : les moyens d'abord m'ont &àt horreur ^

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