ACTE II, SCÈNE L
Et son feu que j attache aux soius de ma grandeur Dédaigne tout mélange avec leur folle ardeur. J aime eu Sertorius ce grand art de la guerre Qui soutient un banni contre toute la terre; J'aime en lui ces cheveux tout couverts de lawiers , Ce front qui fait trembler les plus braves guerrier^ , Ce bras qui semble avoir la victoire .en partage : L'amour de la vertu jd a jamais d'yeux pour Tâge : Le mérite a toujours des charmes éclatants; Et quicouque peut tout est aimable en tout temps '.
THAMIRE
Mais, madame, nos rois, dont l'amour vous irrite, lï^ont-ils tous ni vertu, ni pouvoir, ni mérite? Et dans votre parti se peut-il qu'aucun d'eux N'ait signalé son nom par des exploits fameux? Celui des Turdetans, celui des CeltU)ères, Soutiendroient-ils si mal le sceptre de vos pères ?....
VIHIATJE.
Contre des rois comme eux j'aimerois leur soutien; Mais contre des Romains tout leur pouvoir n'est rien.
Rome seule aujourd'hui peut résister à Rome : Il &ut povu* I9, braver qu'elle nous prête un homme 3,
' Ces sentiments de Viriate sont les seuls qu'elle aurait dû exprimer. Il ne fallait pas les affaiblir par cette pudeur et ce héros si cher.
' Cest dommage qu'un aussi mauvais vers suive ce vers si beau :
Rome seule ai^ourd'hui peut résister à Rome.
Cest presque toujours la rime qui amène les vers faibles, inutiles et rampapts, avant ou après les be^uz vqrs. On en a fait souvent la remarque. Cet inconvénient attaché à la rime a fait naître plus
52 SERTORIUS
Et que son propre sang en faveur de ces lieux Balance les destins, et partage les dieux ^ Depuis qu elle a daigné protéger nos provinces, Et de son amitié faire honneur à leurs princes ', Sous un si haut appui nos rois humiliés Nont été que sujets sous le nom d'alliés; Et ce qu'ils ont osé contre leur servitude N'en a rendu le joug que plus fort et plus rude.
Qu'a fait Mandonius, qu'a fait Indibilis, Qu'y plonger plus avant leurs trônes avilis , Et voir leur fier amas de puissance et de gloire Brisé contre l'écueil d'une seule victoire?
Le grand Viriatus, de qui je tiens le jour, D'un sort plus favorable eut un pareil retour 5. Il défit trois préteurs, il gagna dix batailles. Il repoussa l'assaut de plus de cent murailles 4;
d*une fois la proposition de la bannir; mais il est plus beau de vaincre une difficulté que de s'en défaire. La rime est nécessaire à la poésie française par la nature de notre langue, et est consacrée à jamais par les ouvrages de nos grands hommes.
' Balance , etc. est un très beau vers ; mais celui qui le précède est mauvais. Le propre sang de Rome en faveur de ces lieux!
* Faire honneur de son amitié n*est pas le mot propre.
' On dit bien en général un retour du sort, et encore mieux un revers du sort, mais non pas un retour (Tun sort favorable, pour exprimer une disgrâce; au contraire, un retour d*un sort favorable si;;nifie une nouvelle faveur de la fortime après quelque disgrâce passagère.
* Gagner des batailles, repousser tassaut de plus de cent murailles. Voilà de ce& vers communs et faibles qu'on doit soigneusement s'interdire. On voit trop que murailles n'est là que pour rimer à batailles.