‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 19 sur 278 · ACTE n, SCÉTNE I. Sî · texte numérisé non relu

ACTE n, SCÉTNE I. Sî

Et de Servilius l'astre prédominant Dissipa tout d'un coup ce bonheur étonnant.

Ce grand roi fiit défait, il en perdit la vie, Et laissoit sa couronne à jamais asservie, Si pour briser les fers de son peuple captif Rome n'eût envoyé ce noble fugitif.

Depuis que son courage à nos destins préside. Un bonheur si constant de nos armes décide.

Que deux lustres de guerre assurent nos climats ' Contre ces souverains de tant de potentats.

Et leur laissent à peine, au bout de dix années. Pour se couvrir de nous Fombre des Pyrénées.

Nos rois , sans ce héros, Tun de l'autre jaloux. Du plus heureux sans cesse auroient rompu les coups '; Jamais ils n'auroient pu choisir entre eux im maître.

THAMIRE

Mais consentiront-ils qu'un Romain puisse l'être ?

VIRIATE

Il n'en prend pas le titre, et les traite d'égal : Mais, Thamire, après tout, il est leur général; Ils combattent sous lui,, sous son ordre ils s'unissent;. Et tous ces rois de nom* en effet obéissent, Tandis que de leur rang l'inutile fierté

' Rompre les coups du plus heureux ; avoir / om6re d*une mon" tagnepourse couvrir, un bonheur qui décide des armes, tout cela est impropre , irrdgulier, obscur.

* Racine 8*est approprie cette bdle expression dans Mithridatet Reine long-temps de nom , mais en effet captive , dit Monime en parlant d*elle-ménie.

54 SERTORICS.

S'applaudit d'une vainc et fausse égalité.

THAMIRE

Je n'ose vous rien dire après cet avantage,

Et voudrois comme vous faire grâce à son âge ;

Mais enfin ce héros, sujet au cours des ans,

A trop long-temps vaincu pour vaincre encor long-temp

Et sa mort....

VIRIATE

Jouissons, en dépit de Fenvie, Des restes glorieux de son illustre vie :

Sa mort me laissera pour ma protection La splendeur de son ombre et Téclat de son nom ■• Sur ces deux grands appuis ma couronne affermie' Ne redoutera point de puissance ennemie ; Ils feront plus pour moi que ne feroient cent rois. Mais nous en parlerons encor quelque autre fois. Je Faperçôis qui vient.

' Ces figures outrées ne réussissent plus. Le mot d'ambré est trop le contraire de splendeur; il n est pas permis non plus à une femme telle que Viriate, de dire que Tombre d*un général mort protégera plus FBIspagne que ne feraient cent rois : ûes exagérations ne seraient pas même tolérées dans une ode. Le vrai* doit régner par-tout, et sur-tout dans la tragédie. La splendeur d*uné ombre a quelque chose de si contradictoire, que cette expression dégénère en pure plaisanterie.

Page 1