SCÈNE I
PERPENNA, ADFIDE.
PERPENNA
D OÙ me vient ce désordre, Aufide? et que veut dire Que mon cœur sur mes vœux garde si peu d'empire >?
> On doit être plus Scrupuleux sur Sertotius que sur ]«s quatre on cinq pièces précédentes > parceque celle-ci yaut mieux. Cette première scène parait intéressante ; les remords d*UB homme qui ▼eut assassiner son ^[énéral , font d*abord impression.
* L*abbé d*Aubignac , malgré Fayeuglement de sa haine pour Corneille, a raison de reprendre ces expressions, que veut dire quun cœur garde peu <f empire sur des vœux? Il traite ces vers de ya/rniattos; mais il devait ajouter que cette manière de parler, que veut dire au lieu de pourquaiy est4l possibte, commetit se peut^it, etc., ^taitd*usage ayant Corneille. Malherbe dit, en parlant du mariage de Louis XQI avec Tinfante d'Espagne :
Son Lonijt soupire Après ses appas.
Que yeot'Clle dire
22 SERTORIUS
L'horreur que malgré moi me fait la trahison '
De ne venir pas?
Cette ridicule stanec de Malherbe n'ezcuse pas Corneille, mais elle fait voir combien il a fallu de temps pour épurer la lan^e, pour la rendre toujours naturelle et toujours noble, pour s*élever au-dessus du langage du peuple , sans être guindé.
' L'horreur que , malgré moi , me fait la trahison Contre tout mon espoir révolte ma raison.
Le premier yers est bien ; le second semble pouvoir passer à Faide des autres, mais il ne peut soutenir Fexamen. On voit d* abord que le mot raison n*est pas le mot propre : un crime révolte le cœur, rhumanité, la vertu; un système faux et dangereux révolte la raison. Cette raison ne peut être révoltée contre tout un espoir. Le mot de tout mis avec espoir est inutile et faible; et cela seul suffirait pour défigurer le plus beau vers. Examinez encore cette phrase, et vous verrez que le sens en est faux. Vhorreur que me fait la trahison révolte ma raison contre mon espoir signifie précisément empêche ma raison ^espérer ; mais que Perpenna ait des remords ou noa, que Taclion qu'il médite lui paraisse pardonnable ou horrible , cela n*empéchera pas la raison de Perpenna d*espérer la place de Sertorius. Si Ton examinait ainsi tous les^^ers, on en trouverait beaucoup plus qu'on n^ pense de défectueux , et chargés de mots impropres. Que le lecteur applique cette remarque à tous les vers qui lui feront de la peine, qu'il tourne le vers en prose, qu'il voie si les paroles de cette prose sont précises, si le sens est clair, s'il est vrai, s'il n'y a rien de trop ni de trop pen; et qu'il soit sûr que tout vers qui n'a pas la netteté et la précision de la prose la plus exacte , ne vaut rien *. Le6 vers , pour être bons , doivent avoir tout le mérite d'une prose parfaite, en s'élevant au*<lessus d'elle pai* le rhythme, la cadence^, la mélodie, et par la sage hardiesse des figures.
* Si Voltaire eût voulu se rappeler que k poéae et la prose sont deux langues essentiellement différentes , il eût bientôt reconnu combien son paradoxe était insoutenable; et c'est ce qu'il eût encore mieux senti, s^ eût fait l'essai de sa méthode, non sur de mauvais vers, qu'il pouvait très bien