ACTE I^ SCÈNE I
Contre tout mon espoir révolte ma raison > ; Et de cette grandeur sur le crime fondée,
' Une raison révoltée contre un espoir, une image qui ne trouve point de bras à lui prêter au point d'exécuter , méritent le même reproche que l'abbé d*Aubignac fait aux premiers vers; et exécuter ne peut être employé comme un verbe neutre.
juger sans se donner. la. peine de les meure en prose, mais sur des ver» généralement reconnût' p^'beanx, et têrés de nos meiHeurs poètes. Afors il eùi vu que ces vers, an^i décomposés ,ii*a«raient produit seavent qu'âme prose très bizarre , sans qu'on pût leur eu faire un sujet de reproche , ni rien en conclure à leur désavantage. Veut'On s'en assurer par une expérience ? Que l'-on ^loisisKe , dans le récit de ia ttokt d'HIppolyte , qaelqâes vers du style le plus élevé , tels que ceux-ci , par exemple :
Cependant , sur le dos de k plaine liquide ,
S'âéve à ipros bouillons une monugne humide, etc.,
rt qu'on essaie de les meure 'en prose sans rien changer aux expressions , cette prose ne pandtrait-eUe pas fort étrange ? Que Ton tâche de soumettre à la construction vulgaire ces vers de Ra-
cme:
Ce dieu, depuis long-temps votre unique refuge , Que deviendra Yttfet de ses prédictions?
on ces autres vers empruntés du même poète :
Captive, toujours triste, importune à moi-même, Pottvez-vous souhaiter qu'Andromaque vous aime ?
bientôt on en reconnaîtra Fimpossibilité. Cest ce que démontrerait une foule d'autres exemples; etVokaire lui-même pourrait en fournir un grand nombre. D'après cela conçoit-ov ^'il puisse établir en principe que des vers , pour être bons , doivent avoir la préebion de hi prose la plus exacte ? De quelle précision veut-il donc parler? en est-il qui puisse égaler celle d'un vers bien fait ?
Voltaire a donc manifestement confondu et les idées et les genres , m proposant poar modèle Mx poètes la précision de la prose , tandis qn'au contraire ee serait à celle de la poésie que la. proae devrait tûcher quelquefois de s'élever. P.
Dont jusqu à ce moment m'a trop flatté Tidée,
T/image tout affreuse au point d'exécuter
Ne trouve plus en moi de bras à lui prêter.
Eli vaiÀ Tambition, qui presse mon courage,
D'un faux brillant d'honneur pare son noir ouvrage;
En vain, pour me soumettre à ses lâches efforts ,
Mon ame a secoué le joug de cent remords :
Cette ame, d'avec soi tout-à-coup, divjisée ',
Reprend de ses remords la chaîne «ml brisée;
Et de Sertorius le surprenant bonheur
Arrête une main prête à lui percer le cœur.
AUFIDE
Quel honteux contre-temps de vertu délicate^ S'oppose au beau succès de l'espoir qui vous flatte? Et depuis quand, seigneur, la soif du premier rang Craint-elle de répandre un peu de mauvais sang? Avez-vous oublié cette grande maxime.
Que la guerre civile est le régne du crime ; Et qu'aux lieux où le crime a plein droit de régner. L'innocence timide est seule à dédaigner?
L'honneur et la vertu sont des noms ridicules ^ :
' Divisée d*avec soi est une faute contre la Ian(;ue ; on est sépare' de quelque chose, mais non pas dWisé de quelque chose. Cette première scène est dëja intéressante.
* Ce vers n*est pas français. Un contre-temps de vertu est impropre ; et comment un contre-temps peut-il être honteux? Le beau succès, et le crime qui a plein droit de régner, révoltent le lecteur.
Cette maxime abominable est ici exprimée assez ridiculement. Nous avons déjà remarqué, dans la première scène de la Mort de Pompée, qu'il ne faut jamais étaler ces dog^mes du crime; que ces septftnces triviales, qui enseignent la scélératesse, ressemblent trop