‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 21 sur 278 · ACTE II, SCÈNE IL Sj · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IL Sj

Il est couvert de gloire, il est fdein de valeur; De toute votre Espagne il a gagné Festime^ Libéral, intrépide, afiable, magnanime; Enfin c'est Perpenna sur qui vous emportez....

VIRIATE

J'attendois votre nom après ces qualités;

Les éloges brillants que vous daignez y joindre

Ne me permettoient pas d'espérer rien de moindre :

Mais certes le détour est un peu sui*prenant.

Vous donnez une reine à votre lieutenant! ,

Si vos Romains ainsi choisissent des maîtresses,

A vos derniers tribuns il faudra des princesses ^

SERTORIUS

Madame....

VIRIATE

Parlons net sur ce choix d un époux.

Êtes- vous trop pour moi? suis-je trop peu pour vous? G est m'offrir, et ce mot peut blesser les oreilles : Mais un pareil amour sied Uen à mes pareilles ^ :

puisse Tentendre, il faut qu'on ne puisse pas Fentendre autrement.

' Cette réponse est fort belle , elle doit toujours faire un grand effet. Les vers suivants semblent Faffaiblir. Parlons net sent un peu trop le dialogue de comëdie ; et le mot de maîtresse n'a jamais été employé par Racine dans ses bonnes pièces *.

* Un amour qui sied bien ou qui sied mal ne peut se dire; il semble qu'on parle d'un ajustement. On doit éviter le mot de met pareilles, il est plus bourgeois que noble.

* On le trouve dans Bajazet, dans Britannicus, dans Mithridate, et par conséquent dans les bonnes pièces de Racine. Voltaire lui-même Ta employé plos d'une fois dans Zaïre. P.

58 SERTORIUS

Et je veux bien, seigneur, qu'on sache désormais

Que j ai d'assez bons yeux pour voir ce que je fois.

Je le dis donc tout haut, afin que 1 on m'entende ' :

Je veux bien un Romain, mais je veux qu'il commande

Et ne trouverois pas vos rois à dédaigner,

N'étoit qu'ils savent mieux obéir que régner.

Mais, si de leur puissance ils vous laissent l'arbitre >,

Leur foiblesse du moins en conserve le titre :

Ainsi ce noble orgueil qui vous préfère à tous

En préfère le moindre à tout autre qu'à vous ^;

Car enfin, pour remplir l'honneur de ma naissance 4^,

Il me faudroit un roi de titre et de puissance ^ :

' Viriate n'élève pas ici la voix; elle parle devant sa confidente, qui connaît ses sentiments : ainsi ce vers n'est qu'un vers de comédie, qui ne devait pas avoir place dans une scène noble.

* Être arbitre des rois se dit très bien, parcequ'en effet des rois peuvent choisir ou recevoir un arbitre. On est l'arbitre des lois, parceque souvent les lois sont opposées l'une à l'antre, l'arbitre des états qui ont des prétentions, mais non pas l'arbitre de la puissance ; encore moins a-t-on le titre de sa puissance.

^ Elle veut ^re préfère le moindre des rois à tout autre Romain que vous.

^ On soutient l'honneur de sa naissance, on remplit les devoirs de sa naissance, mais on ne remplit point un honneur. Encore une fois rien n'est si rare que le mot propre.

' Oh dit bien, un roi de nom; par exemple, Jacques H fut roi de nom, et Guillaume resta roi en effet; mais on ne dit point roi de titre: on dit encore moins roi de puissance; cela n'est pas français. Toutes ces expressions sont des barbarismes de phrase; mais le sens est fort beau, et tous les sentiments de Viriate ont de la dignité.

Je pense m'en devoir ou le pouvoir sans nom , ou le nom sans pouvoir. Voilà de ces jeux de mots qu'il faut soi^eusement éviter;

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