‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 258 sur 278 · ACTE IV, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V

AGLATIDE.

Ne me prenez point tant pour une ame insensible : Je Fai tendre, et qui souffre aisément de beaux feux; Mais je sais ne vouloir que ce qui m'est possible, Quand je ne puis ce que je veux.

MANDANE

Laissez donc feire au ciel, au temps, à la fortune.

Ne veuillez que ce qu ils voudront; Et sans prendre d'attache, ou d'idée importune. Attendez en repos les cœurs qui se rendront.

AGLATIDE.

Il m'en pourroit coûter mes plus belles années. Avant qu'ainsi deux rois en devinssent le prix^ Et j'aime mieux borner mes bonnes destinées Au plus digne de vos mépris.

MANDANE

Donnez-moi donc, madame, un cœur comme le vôtre. Et je vous les redonne une seconde fois ;

Ou, si c'est trop de l'un et l'autre, Laissez-m'en le rebut, et prenez-^en le choix.

AGLATIDE.

Si vous leiu* ordonniez à tous deux de m'en croire, Et que l'obéissance eût pour eux quelque appas. Peut-être que mon choix satisferoit ma gloire, Et qu'enfin mon rebut ne vous déplairoit pas.

MANDANE

Qui peut vous assurer de cette obéissance?

Les rois même en amour savent mal obéir ;

Et les plus enflammés s'efforcent de haïr

^itôt qu'on prend sur eux un peu trop de puissance.

454 A6ÉSILAS.

AGLATIDE.

Je vois bien ce que ç est, vous voulez tout garder. II est honteux de rendre une de vos conquêtes; Et quoi qu'au plus heureux le cœur veuille accorder, L'œil régne avec plaisir sur deu^i^ si grandes têtes. Mais craignez que je n'use aussi çlc tous mes droits. Peut-être en ai-je encor de garder quelque empire

Sur Tun et l'autre de ces rois , Bien qu'à l'envi pour vous l'un et l'autre soupire; Et si j'en laisse faire à mon esprit jaloux, Quoique la jalousie assez peu m'inquiète, Je ne sais s'ils pourront l'un ni l'fiutre pour vous

Tout ce que votre cœur souhaite.

Page 1