‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 4 sur 278 · ACTE I, SCÈNE I. ; 2S · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. ; 2S

Marius ni Carbon n eurent point de scrupules ; Jamais Sylla, jamais....

^ PERPENNA

Sylla ni Marius

à des lieux commani d'un rhëteur qui ne connaît pas te inonde. Non seulement de tellea maximes ne doivent jamais être débitëei, mais jamais personne ne les a prononcées , même en faisant un crime, ou en le conseillant. Cest manquer aux lois de l'honnêteté publique et aux règles de Tart; c'est ne pas connaître les hommes, qae de proposer le crime comme crime. Voyez avec quelle adresse le scélérat Narcisse presse Néron de faire empoisonner Britannicns : il se garde bien de révolter Néron par l'étalage odieux de ces horribles lieux communs , qu'un empereur doit être empoisonneur et parricide , dès qu'il y va de son intérêt ; il échauffe ta colère de Néron par degrés, ot le dispose petit k petit à se défaire de son frère, sans que Néron s'aperçoive même de l'adresse de Narcisse; et, si ce Narcisse avait un grand intérêt à la mort de Britannicus, la scène en serait incomparablement meilleure. Voyez encore comme Acomat, dans la tragédie de Bajatet, s'exprime, en ne conseillant qu'un simple manquement de parole à une femme ambitieuse et criminelle :

Et d*ua trône si saint la moitié n'est fondée Que sur la foi promise , et rarement gardée.

Je m'emporte , seigneur. . . .

Il corrige la dureté de cette maxime par ce mot si naturel et si adroit, je m'emporte.

Le reste de cette première scène est beau et bien écrit. On ne peut, ce me semble, y reprendre qu'une seule chose, c'est qu'oA ne sait point que c'est Perpenna qui parle : le spectateur ne peut le deviner. Ce défaut ¥ient en partie de la mauvaise habitude où nous avons toujours été d'appeler nos personnagea de tragédie, seigneurs. Cest un nom que les Romains ne se donnèrent jamais. Les autres nations sont en cela plus sages que nous. Shakespeare et Addison appellent César, Brutus, Caton, par lewsê noms propres.

36 SËRTORIUS.

N'ont jamais épargné le sang de leurs vaincus ' ;

Tour-à-tour la victoire autour d'eux en furie

A poussé leur courroux jusqu'à la barbarie;

Tour-à-tour le carnage et les proscriptions

Ont sacrifié Rome à leurs dissensions > :

Mais leurs sanglants discords qui nous donnentdes maitr

Ont fait des meurtriers, et n'ont point fait de traîtres;

Leurs plus vastes fureurs jamais n'ont consenti

Qu'aucun versât le sang de son propre parti;

Et dans l'un ni dans l'autre aucun n'a pris l'audace

D'assassiner son chef pour monter en sa place.

AUFIBE.

Vous y renoncez donc et n'êtes plus jaloux ^ De suivre les drapeaux d'un chef moindre que vous? Ahl s'il faut obéir, ne faisons plus la guerre; Prenons le même joug qu'a pris toute la terre. PouiY{Uoi tant de périls? pourquoi tant de combats? Si nous voulons servir, Sylla nous tend les bras. C'est mal vivre en Romain que prendre loi d'un homme Mais, tyran pour tyran, il vaut mieux vivre à Rome.

PERPENNA

Vois mieux ce que tu dis quand tu parles ainsi. Du moins la liberté respire «icore ici.

^ On Qt dit point moii ^raincii) comme on die mon escU^e, mon «nncmii.

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