‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 36 sur 278 · ACTE ni, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE ni, SCÈNE IL

Vous avez hérité ce nom de vos aïeux;

Mais, s^il vous étoit cher, vous le rempliriez mieu:|[.

POMPÉE

Je crois le bien remplir quand tout mon cœur s'appUaue Aux soins de rétablir un jour la république : Mais vous jugez, seigneur, de Famé par le bras; Et souvent Tun paroit ce que l'autre n'est pas '.

Lorsque deux factions divisent un empire, Chacun suit au hasard la meilleure ou la pire, Suivant l'occasion ou la nécessité Qui l'emporte vers l'un ou vers l'autre côté. Le plus juste parti, difficile à connottre, Nous laisse en liberté de nous choisir un maître; Mais quand ce choix est fait on ne s'en dédit plus. J'ai servi sous Sylla du temps de Marins, Et servirai sous li^i tant qu'un destin funeste De nos divJLsions soutiendra quelque reste ^. Comme je ne vois pas dans le fond de son cœur,

' Ces expressions sont trop négligées : et comment un bras peutil paraître différent d'une ame? La plupart des fautes de langage sont -au *#bnd des défauts de justesse.

* Soutiendn n'ttst pas le mot propre; on entrelient un reste de diTisions, pip ^'fomente,. etc.; on soutient un parti, une cause^ une prétention : mais c'est un très léger défaut dans un aussi beau discours que celui de Pompée.

Lorsque deux factions divisent un empire ,

Chacun suit au has^d la meilleure on la pire ....

Mais quand ce choix est fait, on ne s'en dédit pins, etc.

Quelle vérité dans ces vers ! et quelle force dans leur simplicité ! point d*épithéte, rien de superflu; c'est la raison en vers.

84 SERTORIUS

J'ignore quels projets peut former son bonheur > : S'il les pousse trop loin-, moi-même je Ten blâme; Je lui prête mon bras sans engager mon ame; Je m'abandonne au cours de sa félicité »

Tandis que tous mes vœux sont pour la liberté ; Et c'est ce qui me force à garder une place Qu'usurperoient sans moi l'injustice et l'audace, Afin que, Sylla mort, ce dangereux pouvoir Ne tombe qu'en des mains qui sachent leur devoir >. Enfin je sais mon but et vous savez le vôtre.

SERTORIUS

Mais cependant, seigneur, vous servez comme un anti

Et nous, qui jugeons tout sur la foi de nos yeux,

Et laissons le dedans à pénétrer aux dieux.

Nous craignons votre exemple, et doutons si dans Roc

Il n'instruit point le peuple à prendre loi d'un homme

Et si votre valeur, sous le pouvoir d'autrui,

Ne sème point pour vous lorsqu'elle agit pour lui.

Gomme je vous estime, il m'est aisé de croire Que de la liberté vous feriez votre gloire.

Que votre ame en secret lui donne tous ses vœux; Mais, si je m'en rapporte aux esprits soupçonneux, Vous aidez aux Romains à faire essai d'un maître. Sous ce flatteur espoir qu'un jour vous pourrez l'être. La main qui les opprime, et que vous soutenez,

' Un bonheur qui forme des projets est trop impropre.

* On peut animer tout dans la poësie; mais, dans une conférence sans passion, les métaphores outrées ne peuvent avoir lieu: peut-être cette expression porte encore plus l'empreinte d'une né- {Ifligencc qui échappe que d'une fif;urc qu'on recherche.

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