SCÈNE H
VIRIATE, SERTORIDS, THAMIRE.
VIRIATE
On m'a dit qu'Aristîe a manqué son projet, Et que Pompée échappe à cet illustre objet.
Seroit-îl vrai , seigneur ?
qu'on donne des spectacles tous les jonrs ; s'ils étaient plus rares, ils pourraient devenir meilleurs :
YolupUtes commandât rarior usus.
' Cette scène remplie d*ironie et de coquetterie semble bien peu convenable à Sertorius et à Viriate. Les vers en paraissent aussi contraints que les sentiments. Mais quand on voit ensuite Sertorius qui dit qu*il aime malgré ses cheveux gris, et qu*il a cru qu'il ne lui en coûterait que deux ou trois soupirs , Sertorius parait trop petit. Viriate d'ailleurs lui dit à peu près les mêmes choses qu'Aristie a dites à Pompée. L'une dit: Me voulez^vous? ne me voulez^ vous pas? l'autre dit: M'aimez-vous? L'une veut que Pompée lui rende sa main; l'autre, que Sertorius lui donne sa main. Pompée a parlé politique à sa femme ; Sertorius parle politique à sa maitresse. Viriate lui dit: Fous savez que Vamour nest pas ce qui me preste. L'un et l'antre s'épuisent en raisonnements. Enfin Viriate finit cette scène en disant :
Je suis reine ; et qui sait perler une conronne , Quand il a prononcé , n'aime point qu'on raisonne.
Cest parler à Sertorius, dont elle dépend, comme si elle parlait à son domestique; et ce naime point quon raisonne est d'un comique qui n'est pas supportable. La fierté est ridicule, quand elle n'est pas à sa place.
io8 SERTORIUS.
, SERTORIUS
Il est trop vrai, madame; Mais, bien qu'il Tabandonne, il ladore dans Famé, Et rompra, m a-t-il dit, la trêve dès demain, S'il voit qu'eUe s'apprête à me donner la main.
VIRIATE
Vous VOUS alarmez peu d-une telle menace?
SERTORIU».
Ce n'est pas en effet ce qui plus m'embarrasse. Mais vous, pour Perpenna qu'avez-vous résolu?
VIRIATE
D'obéir sans remise au pouvoir absolu ' ; Et si d'une offre en l'air votre ame encor fi'appée Veut bien s'embarrasser du rebut de Pompée, Il ne tiendra qu'à vous que dès demain tous deux
Obéir sans remise, une offre en l'air, assurer des nœuds^ une frénésie poussée au dernier éclat.
Quels vers ! quelles expressions ! Et de petits écoliers oseront me reprocher d'être trop sévère * !
* Ces écoliers dont Voltaire parle avec indignalion , et qu'il eàt affligés davantage en n'en parlant pas , étaient les écrivains à la semaine , qui , lorsque cet ouvrage parut, s'érigèrent tous en vengeurs de Corneille, moins par zèle pour sa mémoire , que pour outrager Voltaire. Aucun d'eux n'eût été capable de faire une seule des excellentes remarques dispersées dans ce commentaire ; mais ils relevèrent avec arrogance ceUes oiï Voltaire a pu se tromper , tandis qu'ils se récriaient d'admiration même sur les défauts les plus évidents de Corneille. Si l'on en croyait ces critiques, Théodore ^ Pertharite, Jltila même, étaient des ouvrages oii le génie de ce grand homme se montrait encore tout entier, et très supérieurs aux meilleures tragédies de Voltaire, qui ne les avait décriés que par jalousie. Tel était le zèle de ces messieurs pour la gloire d'un mort qu'ils auraient outragé pendant sa vie. Mais d'oà venait leur emportement contre Voltaire? DvL sentiment de leur médiocrité , qui les avertissait de son mépris. P.