‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 50 sur 278 · ACTE IV, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IL

De Fun et Fautre hymen nous n'assurions les nœuds ; Dût se rompre la trêve, et dût la jalousie Jusqu'au dernier éclat pousser sa frénésie.

SERTOBIUS.

Vous pourrez dès demain....

Dès ce même moment.

Ce n'est pas obéir qu'obéir lentement; Et quand l'obéissance a de l'exactitude ', Elle voit que sa gloire est dans la promptitude.

SERTORIUS

Mes prières pouvoient souffrir quelques refus:

VIRIATE

Je les prendrai toujours pour ordres absolus.

Qui peut ce qui lui plaît commande alors qu'il prie.

D'ailleurs, Perpenna m'aime avec idolâtrie ;

Tant d'amour, tant de rois d'où son sang est venu,

Le pouvoir souverain dont il est soutenu,

Valent bien tous ensemble un trône imaginaire

Qui ne peut subsister que par l'heur de vous plaire.

SERTORIUS

Je n'ai donc qu'à mourir en faveur de ce choix ^ : J'en ai reçu la loi de votre propre voix ; C'est un ordre absolu qu'il est temps que j'entende. Pour aimer un Romain, vous voulez qu'il commande;

' Une obéissance qui a de V exactitude l n n*y a guère dans toutes ces scènes d'expression qui soit juste ; mais le pis est que les sentiments sont encore moins naturels. Un vieux factieux tel que Sertorius doit-il dire à une femme qu*i7 mourra en faveur du choix quelle fera d*un autre?

no SEHTORIUS.

Et cc»nme Perpenna ne le peut sans aia mort, Pour remplir YOtre trône il lui faut tout m(m sort. Lui donner votre main, c est m'ordonner> loadam^. De lui céder ma place au camp et dans votre ame. Il est, il est trop juste, après un tel bonheur, Qu'il Fait dans notre armée, ainsi qu'en votre cœur. J'obéis sans murmure, et veux bien que ma vie. . . .

VIRIATB.

Avant que par cet ordre elle vous soit ravie, Puis-je me plaindre à vous d'un retour inégal Qui tient moins d'un ami qu'il ne fait d'un rival ' ? Vous trouvez ma faveur et trop prompte et trop [4eine L'hymen où je m'apprête est pour vous une gêne l Vous m'en parlez enfin comme si vous m'aimiez > !

SERTORibs.

Souffrez, après ce mot, que je meure à vos pieds ^. J'y veux bien immoler tout mon bonheur au vôtre; Mais je ne vous puis voir entre les bras d'un autre ; Et c'est assez vous dire à quelle extrémité

' Ce n*est pas parler français, c*est coudre ensemble, pour rimer, des paroles qui ne signifient rien ; car que peut signifier un retour inégal? Que d'obscurités! que de barbarismes entassés! et quelle froideur!

' Il n*y a point de vers plus comique.

3 Jamais le ridicule excessif des intrigues amoureuses de nos héros de théâtre n*a paru plus sensiblement que dans ce couplet où ce vieux militaire , ce vieux conjuré , veut mourir d*amour aux pieds de sa Viriate qu'il n*aime guère. U s'en est défendu à voir ses cheveux gris ; ma.i& sa passion ne s'est pas vuealentiey quoiqu'il se fût figuré que de tels déplaisirs ne lui coûteraient que deux ou trois soupirs: il envisageait Vestime. de chef magnanime.

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