‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 51 sur 278 · ACTE IV, SCÈNE II. m · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II. m

Me réduit mon amour que j'ai mal écouté.

Bien qu un si digne objet le rendit excusable^ ^'ai cru honteux d'aimer quand on n est plus aimable ; J ai voulu m'en défendre à voir mes cheveux gris , Et me suis répondu long-temps de vos mépris.

Mais j'ai vu dans votre ame ensuite une autre idée, Sur qui mon espérance aussitôt s'est fondée ; Et je me suis promis bien plus qu'à tous vos rois, Quand j'ai vu que l'amour n'en feroit point le choix. J'allois me déclarer sans l'offre d'Aristie : Non que ma passion s'en soit vue alentie; Mais je n'ai point douté qu'il ne fût d'un grand cœur De tout sacrifier pour le commun bonheur.

L'amour de Perpenna s'est joint à ces pensées-*; Vous avez vu le reste, et mes raisons forcées. Je m'étois figuré que de tels déplaisirs Pourroient ne me coûter que deux ou trois soupirs; Et, pour m'en consoler, j'envisageois l'estime Et d'ami généreux et de chef magnanime :

Mais, près d'un coup fatal, je sens par mes ennuis Que je me promettois*bien plus que je ne puis. Je me rends donc , madame ; ordonnez de ma vie ; Encor tout de nouveau je vous la sacrifie.

Aimez- vous Perpenna ?

VIRIATE

Je sais vous obéir, Mais je ne sais que c'est d'aimer ni de haïr < ;

' Aristie a dit à Pompée: Suivant qu'on m aime ou hait y j'aime ou hais à mon tour; et Viriate dit à Sertorius quelle ne sait que c^est (Taimer ni de hdir. Dès qu'elle ne sait que c'est ou ce que c'est 9

112 SERTORIUS

Et la part que tantôt vous aviez dans mon ame Fut un don de ma gloire, et non pas de ma flamme. Je n en ai point pour lui, je n'en eus point pour tous; Je ne veux point d'amant, mais je veux un époux, Mais je veux un héros, qui par son hyménée Sache élever si haut le trône où je suis née, Qu'il puisse de FEspagne être Theureux soutien. Et laisse^de vrais rois de mon sang et du sien.

Je le trouvois en vous, neùt été la bassesse Qui pour ce cher rival contre moi s'intéresse, Et dont, quand je vous mets au-dessus de cent rois. Une répudiée a mérité le choix.

Je l'oublierai pourtant, et veux vous £aiire grâce. M'aimez- vous ?

SERTORIUS

Oserois-je en prendre encor Taudace?

VIRIATE

Prenez-la , j'y consens, seigneur ; et dès demain, Au lieu de Perpenna, donnez-moi votre main.

SERTORIUS

Que se tiendroit heureux un amour moins sincère Qui n'auroit d'autre but que de se satisfeire ', Et qui se rempliroit de sa félicité

elle n'a qu'un intérêt de politique, par conséquent elle est froide. Cependant elle dit, le moment d'après, m'aimez-vous? Ne devrait-elle pas lui dire: Vamour n est pas fait pour nous; l'intérêt de Vétaty le vôtre y celui de ma grandeur^ doivent présider à notre hyménée?

* Autre but que de se satisfaire donne une idée qui est un peu comique, et qui assurément ne convient pas à la trag^édie.

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