ACTE IV, SCÈNE III
Nous ferons bien tous deux d attendre plus d'un an.
PERPËNNi.
Que parlez- vous, seigneur, de tête et de tyran ?
SERTORIUS
Je parle de Sylla, vous le devez connottre.
PERPENNA
Et je parlois des feux que la reine a fait naître.
SERTORIUS
Nos esprits étoient donc également distraits ; Tout le mien s attachoit aux périls de la paix; Et je vous demandons quel bruit fait par la ville ' De Pompée et de moi l'entretien inutile.
Vous le saurez, Aufide?
AUFIDE
A ne rien déguiser, Seigneur, ceux de sa suite en ont su mal user ^ ;
' Quel bniitfait par la ville est du style de la comédie , comme on le sent assez. Mais ce que Sertorius fait trop sentir, c'est qu'en effet la conférence qu'il a eue avec Pompée n'a rien produit dans la pièce. Ce n'est, comme on l'a déjà dit, qu'une belle conversation dont il ne résulte rien, un beau dialo(rue de politique. Si cette entrevue avait fait naître la conspiration de Perpenna, ou quclqup autre intrigue intéressante et terrible, elle eût été une beauté tragique, au lieu qu'elle n'est qu'une beauté de dialogue.
Remarquez que cette tragédie est un tissu de conversations souvent très embrouillées, jusqu'à ce que le héros de la pièce soit assassiné. De là nait la froideur qui produit l'ennui.
* Les gens de la suite de Pompée qui en ont su mal user; le coup ffune erreur qu'on veut rompre avant quelle grossisse; une pourpre (fui agit; Verreur qui s'épandjusquen nos garnisons ; des gens comme vous deux et moi: Sylla qui prend cette mesure de rendre limpunité fort sûre; la reine qui est d'une humeur sifière. Ce sont là des ex.*
i:io SERTORIUS.
J'en crains parmi le peuple un insolent murmure r
Ils ont dit que Sylla quitte sa dictature,
Que vous seul refusez les douceurs de la paix,
Et voulez une guerre à ne finir jamais.
Déjà de nos soldats Tame préoccupée
Montre un peu trop de joie à parler de Pompée,
Et si Terreur s'épand jusqu'en nos garnisons,
Elle y pourra semer de dangereux poisons.
SERTORIUS
Nous en romprons le coup avant qu elle grossisse, Et ferons par nos soins avorter Tartifice.
D'autres plus grands périls le ciel m'a garantf.
PERPENNA
Ne ferions-nous pas mieux d'accepter le parti, Seigneur? trouvez-vous l'offre ou honteuse ou mal sûre
SERTORIUS
Sylla peut en effet quitter sa dictature;
Mais il peut faire aussi des consuls à son choix,
De qui la pourpre esclave* agira sous ses lois;
Et, quand nous n^en craindrons aucuns ordres sinistres
pressions peu convenables et bien vicieuses; mais le plus grand vice, encore une fois, c*ést le manque d'intérêt ; et ce manque d*intërét vient principalement de ce qu'il n'y a dans la pièce que des demi-desseins, des demi-passions et des demi-volontés.
Sertorius conseille à Perpenna d'épouser la reine des Ilergètes , qui rendra ses volontés bien plus tôt satisfaites; après quoi il lui dit qu'il ira souper chez lui. Assurément il n'y a rien là de tragique.
La pourpre esclave est une de ces expressions de génie dont on ne trouve d'exemple» que chez les poètes vraiment inspirés; elle eût mérité que Voltaire en fît la remarque. P.