‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 71 sur 278 · POMPÉE, PERPENNA, VIRIATE, ARISTIE, CELSUS, ARCAS, THAMIRE · texte numérisé non relu

POMPÉE, PERPENNA, VIRIATE, ARISTIE, CELSUS, ARCAS, THAMIRE

PERPENNA

Seigneur, vous aurez su ce que je viens de faire.

Je vous ai de la paix immolé ladversaire,

L'amant de votre femme, et ce rival fameux

Qui s'opposoit par-tout au succès de vos vœux.

Je vous rends Aristie, et finis cette crainte ■

Dont votre ame tantôt se montroit trop atteinte ;

Et je vous affranchis de ce jaloux ennui

Qui ne pouvoit la voir entre les bras d autrui.

Je fais plus ; je vous livre une fière ennemie,

Avec tout son orgueil et sa Lusitanie * ;

Je vous en ai fait maître, et de tous ces Romains

Que déjà leur bonheur a remis en vos mains.

Comme en un grand dessein, et qui veut promptitude,

On ne s'explique pas avec la multitude,

Je n ai point cru, seigneur, devoir apprendre à tous

Celui d*aller demain me rendre auprès de vous ;

Mais j'en porte sur moi d'assurés témoignages.

Ces lettres de ma foi vous seront de bons gages;

Et vous reconnoitrez, par leurs perfides traits,

' Finir une crainte!

* Gomme si cet or(][ueil ëtait un effet appartenant à Viriate *.

* Voilà une remarque bien peu digue de Voltaire. P.

i44 SERTORIUS.

Combien Rome pour vous a d'emiemis secrets ', Qui tous, pour Aristie enflammés de vengeance ^y Avec Sertorius étoient d'intelligence.

Lisez.

{Il lut donne les lettres qu Aristie avoit apportées de

Rome à Sertorius, )

ARISTIE

Quoi , scélérat ! quoi, lâche ! oses-tu bien....

PERPENNA

Madame, il est ici votre maître et le mien^; Il faut en sa présence un peu de modestie, Et si je vous oblige à quelque repartie, La faire sans aigreur, sans outrages mêlés, Et ne point oublier devant qui vous parlez.

Vous voyez là, seigneur, deux illustres rivales, Que cette perte anime à des haines égales.

Jusques au dernier point elles m'ont outragé; Mais , puisque je vous vois , je suis assez vengé. Je vous regarde aussi comme un dieu tutélaire ; Et ne puis.... Mais, ô dieux! seigneur, qu'allez- vous £ûr

POMPÉE, après avoir brûlé les lettres sans les lire. Montrer d'un tel secret ce que je veux savoir^. Si vous m'aviez connu, vous l'auriez su prévoir.

* Des ennemis pour quelquuny c'est un solécisme et un barbarisme.

* Enflammés de vengeance pour, même faute.

^ Quand même la situation serait int<^ressante , théâtrale et terrible, elle ne pourrait émouvoir, parceque Perpenna n*est là qu*nn misérable , qu'un vil délateur, et qu'on ne peut jouer un rôle plus bas et plus lâche.

^ Cette action de brûler des lettres est belle dans l'histoire, et

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