‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 78 sur 278 · SCÈNE L · texte numérisé non relu

SCÈNE L

SOPHONISBE, BOCCHAR, HERMINIE.

BOCCHAR.

Madame, il étoit temps qu'il vous vînt du secours ; Le siège étoit formé, s'il eût tardé deux jours : Les travaux commencés alloient à force ouverte Tracer autour des murs Tordre de votre perte; Et rbrgueil des Romains se promettoit Féclat D'asservir par leur prise et vous et tout l'état. Syphax a dissipé, par sa seule présence, De leur ambition la plus fière espérance.

Ses troupes, se montrant au lever du soleil, Ont de votre ruine arrêté l'appareil.

A peine une heure ou deux elles ont pris baleine, Qu'il les range en bataille au milieu de la plaine. L'ennemi fait le même, et l'on voit des deux parts Nos sillons hérissés de piques et de dards.

Et l'une et l'autre armée étaler même audace,

17?- SOPHONISBE

Égale ardeur de vaincre, et pareille menace.

L'avantage du nombre est dans notre parti;

Ce grand feu des Romains en paroît ralenti ;

Du moins de Lœlius la prudence inquiète

Sur le point du combat nous envoie un trompette :

On le mène à Syphax, à qui saps différer

De sa part il demande une heure à conférer.

Les otages reçus pour cette conférence,

Au milieu des deux camps Tun et Tautre s'avance;

Et, si le ciel répond à nos communs souhaits,

Le champ de la bataille enfantera la paix.

Voilà ce que le roi ma chargé de vous dire, Et que de tout son cœur à la paix il aspire.

Pour ne plus perdre aucun de ces moments si doux Que la guerre lui vole en l'éloignant de vous.

SOPHONISBE

Le roi m'honore trop d'une amour si parfaite. Dites-lui que j'aspire à la paix qu'il souhaite, Mais que je le conjure, en cet illustre jour. De penser à sa gloire encor plus qu a l'amour *.

' Vous voyez que Texposition de la pièce est bien faite. On entre tout d'un coup en matière : on est occupé de ^ands objets ; les fautes de style, comme, se promettre Véclat d^ asservir vous et Vétaty étaler des menaces, envoyer un trompette , une heure à conférer, sont des minuties, qu*il ne faut pas à la vérité négliger, mais qu'on ne doit pas reprendre sévèrement quand le beau est dominant.

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