‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 90 sur 278 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

ÉRYXE, BARGÉE.

ÉRTXE.

Quel dés(Mrdre, Barcée, ou jdutôt quel supplice, M apprétoit la victoire à revoir Massinisse ! Et que de mon destin Tobscure trahison Sur mes souhaits remplis a versé de poison !

' On retroQTe dans ce second acte des étincelles du fen qui avait animé Fantenr de Cinna et de Pofyeucte, etc. Cependant la pièce de Corneille n'eut qu'un médiocre succès, et la Sophoni^ de Mailet continua à être représentée. Je crois en trouver la raison jusque dans les beaux endroits même de la Sophonidteàe Corneille. Éryxe, cette ancienne maîtresse de Massinisse, démêle très bien l'amour de Massimsse pour sa rivale; tout ce qu* elle dit est vrai, mais ce vrai ne peut toucber. Elle annonce elle-même que Sopbonisbe est aimée; dès-lors plus d'incertitude dans l'esprit du spectateur, plus de suspension, plus de crainte. Mairet avait eu l'art de tenir les esprits en suspens : on ne sait d'abord cbez lui si Massinisse pardonnera ou non à sa captive. Cest beaucoup que, dans le temps ^ssier où Mairet écrivait, il devinât ce (jrand art d'intéresser. Sa pièce était, à la vérité, remplie de vers de comédie et de longues déclamations; mais ce goût subsista très long-temps, et il n'y avait qu'un petit nombre d'esprits éclairés qui s'aperçussent de ces dé-

193 SOPHONISBE

Syphax est prisonnier; Cyrthe tout éperdue A ce triste spectacle aussitôt s^est rendue.

Sophonisbe, en dépit de toute sa fierté.

Va gémir à son tour dans la captivité :

Le ciel finit la mienne, et je n'ai plus de chaînes Que celles qu avec gloire on voit porter aux reines; Et, lorsqu'aux mêmes fers je crois voir mon vainqueur, Je doute, en le voyant, si j'ai part en son cœur !

En vain Fimpatience à le chercher m'emportç, En vain de ce palais je cours jusqu'à la porte. Et m'ose figurer, en cet heureux moment.

Sa flanmie impatiente et forte également :

Je l'ai vu, mais surpris, mais troublé de ma vue ; Il n'étoit point lui-même alors qu'il m'a reçue; Et ses yeux égarés marquoient un embarras A faire assez juger qu'il ne me cherchoit pas.

fauts. On aimait encore, ainsi qoe nous l'avons remarque souvent, ces longues tirades raisonnées qui, à l'aide de cinq ou six vers pompeux, et de la déclamation ampoulée d'un acteur, subjuguaient Fimagination d*un parterre, alors peu instruit, qui admirait ce qu'il entendait et ce qu'il n'entendait pas. Des vers durs, entortillés, obscurs, passaient à la faveur de quelques vers heureux. On ne connaissait pas la pureté et l'élégance coutinue du style.

La pièce de Mairet subsista donc , ainsi que plusieurs ouvrages de Desmarets, de Tristan, de Du Ryer, de Rotrou, jusqu'à ce que le goAt du public fût formé.

La SopkoHisb9 de Corneille tomba ensuite comme les autres pièces de tous ces auteurs; elle est plus fortement écrite, mais non plus purement; et, avec l'incorrection et l'obscurité du style, elle A II» grand défaut d'être absolument sans intérêt, comme le lecteur peut U sentir à chaque page.

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